mercredi 5 juin 2013

Les déboires fantastiques d'un livreur de pizza - Gortan Narog


Les déboires fantastiques d'un livreur de pizza, de Gortan Narog
44pages, format électronique 
Auto-édition
Parution du 29 mai 2013
Couverture : Barounta

"L'histoire d'une vie, la vie d'un jeune livreur de pizza appelé John Nada.
Tous les jours, même routine, mêmes gestes, même chemin...
Enfermé dans un monde vide de sens où personne ne se soucie de personne, John vit une existence par défaut.
Aucun avenir, un passé lointain, un présent banal et un homme invisible aux yeux de ses semblables. Jusqu'au jour où une voix au téléphone bouleverse tout..."






    Hier soir avant d'aller me coucher, j'ai fait un petit tour sur Amazon, et comme à mon habitude j'ai fait le tour du top des 100 ebooks gratuits. Oui je sais c'est une très mauvaise manie parce que j'accumule un certains nombres de livres que je ne lis pas forcément tout de suite... mais j'avoue que sur ce coup là je n'ai pas envie de me soigner. Et encore moins maintenant que j'ai ce blog !

     Vue l'heure tardive je n'avais pas envie de replonger dans mon roman sous peine de voir ma nuit fortement écourtée. J'avais envie d'une petite lecture rapide et sympa. Un petit texte que je pourrais lire dans son intégralité avant de dormir. Et ça tombait bien car je venais de télécharger celui-ci.

     Tout d'abord une mention pour la couverture, qui est joliment travaillée pour un livre électronique. Je regrette souvent le peu de soin ou d'originalité des e-books, là je suis servie ! Oui cela peut paraître un détail qui ne sert à rien car on ne la voit jamais sur la liseuse, mais c'est une porte d'entrée importante vers le texte.

      Le texte se lit vite. J'ai eu un petit peu de mal sur les trois-quatre premières pages lorsque l'auteur insiste lourdement sur la banalité de son personnage principal : Mr John Nada. Remarquez avec un nom pareil, le pauvre garçon ne partait pas gagnant dans la vie. Ce jeune homme a donc une vie à l'image de son nom : vide, routinière à l’excès : boulot, mangé, dodo. On ne le remarque pas. Il est là sans l'être vraiment. Il vit pour travailler, et sur son lieu de travail, il n'est personne juste un employé consciencieux parmi les autres. Il accomplit des gestes machinaux dans une routine bien réglée. Et puis un jour quelqu'un met le doigt dans l'engrenage et dérègle toute la machine. Un infime grain de sable dans la mécanique bien huilée, juste un "bonsoir John" qui change tout...
     Cette voix au bout du téléphone vient de lui donner une identité. L'histoire aurait pu s'arrêter là, et retourner à son flot tranquille et quotidien. Mais cela aurait été trop simple. C'est bien sûr John qui est désignée pour aller livrer la commande.

     Cet anonymat que l'auteur nous décrit je l'ai souvent ressentie lorsque je vais à Paris. Dans cette gigantesque fourmilière nous ne sommes rien, personne ; personne ne vous regarde, personne ne prête attention à vous. Chacun est fermé dans sa solitude, les gens se frôlent et s'effleurent machinalement : il ne se passe rien. Tout au plus des corps en mouvements et des esprits fermés, fixés, bloqués vers un but précis, personnel et individuel. C'est une vision du monde pessimiste, qui fait peur et pourtant si réelle.
John m'a paru distant au départ. Est-ce pour me réconforter que je voulais le trouver si différent de moi ? Mais lorsqu'il prend conscience de sa vie, de son inexistence, je ne l'ai plus trouvé lointain. C'était moi, juste moi, prenant également conscience de ma propre vie. Et voulant mener le même combat contre cette vie. Et également contre soi, car les interrogations sont levées : peut-on réellement rejeté la faute sur la vie elle-même et ses évènements qui ont fait que nous sommes là où nous sommes ? Comme une sorte de fatalité ? Ou bien est-ce notre faute à nous ? De nous être laissé faire ? D'avoir abandonné la partie avant même de l'avoir jouée ?
     J'ai beaucoup aimé l'écriture de l'auteur dans toute cette partie interrogative. Une plume simple, rythmée et légère. Le texte m'a énormément touchée. Est-ce parce que je m'y suis autant retrouvée dedans ?

     Mais là où je reste sceptique c'est sur la fin. Qui sont cet homme et cette femme ? Ils semblent tellement humains et si inhumains à la fois ? Peut-être aurait-il été judicieux de nous les présenter un peu plus ? Par cette fin surprenante l'auteur nous emmène au bout de sa réflexion, d'une manière assez osée je dois dire. Et si l'idée fonctionne assez bien, c'est dans son écriture et son développement que je mets ma réserve. Se serait-il retenu ? Je pense que le texte aurait largement accepté et supporté davantage de détails.
Bien sûr l'optimiste qui se sache en moi aurait préféré une fin tout autre ;)

     Au final, un petit texte qui m'a agréablement surprise. Je ne pensais pas autant apprécier la plume de l'auteur. Il a une belle imagination, une belle sensibilité et de belles images pour faire passer tout ça.

     "Une vie de rêve ou pas. Une vie tout court, dont John se contente. Il ne réfléchit pas. Il se contente d'agir, voilà tout. Pas d'ambition, peu de passé, un présent figé et un avenir oublié."

N'hésitez pas à découvrir ce petit ouvrage !








4 commentaires:

  1. Vous avez très bien cerné le personnage et l'auteur dans une chronique agréable et vivante. Merci pour votre partage.

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    1. Merci d'avoir pris le temps de lire ma chronique :)

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  2. excellente critique, ça donne envie

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