lundi 17 juin 2013

Un amant très vétilleux - Alberto Manguel

Un amant très vétilleux, de Alberto Manguel

Traduit de l'anglais par Christine Le Boeuf
88 pages
Editions ACTE SUD / LEMEAC
Série Un endroit où aller
Année de parution 2005

4ème de couverture :
"Ah, la beauté parfaite de cette forme arrondie ! Était-ce un coude ? Était-ce un svelte genou ? Était-ce un élément de cette anatomie secrète que je n'aurais pu nommer ? Peu m'importait. [...] Cette petite parcelle de femme scintillait et frémissait sous l'effet de la main, et elle me semblait si parfaite, si immaculée dans son existence distincte que j'eusse souhaité connaître un sortilège qui l'eût placée en ma possession, afin de la garder comme un oiseau dans une cage ou un diamant dans un écrin."


      Première chose, plonger dans un dictionnaire :
Vétilleux : qui est méticuleux, minutieux, pointilleux.

      Tout d'abord ce qui m'a plu chez ce livre c'est son tout petit format : 10 x 19 cm (oui j'ai mesuré...) et sa couverture ultra sobre. Oui je sais, je suis bizarre, mais moi les couvertures toutes simples comme ça : j'aime bien. Le titre en rouge et un joli papier vergé. Et c'est encore plus chouette quand tout le livre est imprimé sur ce type de papier, comme ici, cela lui donne un côté précieux. Et en jetant un œil à la fin de l'ouvrage il est mentionné que le papier est français !

      Un joli petit livre donc à la quatrième de couverture très trompeuse ! Car voyez-vous ce n'est pas un roman érotique, non non non, c'est un essai romancé sur un personnage un peu bizarre qui a vraiment existé : Anatole Vasanpeine.

      Mais qui donc est cet Anatole ?
Ma grand-mère chante souvent une chanson qui dit " Méfiez-vous d'Anatole, c'est un coquin, c'est un coquin". Et bien cet Anatole là en est bien un, de coquin !
Au départ c'est un jeune homme gris sans aucune espèce d'importance qui travaille au bains douches de sa ville. Un jour il fait la rencontre d'un vieux libraire japonais, Mr Kusakabe, venu s'installer à Poitiers.Celui-ci va initier notre Anatole à l'art de la photographie. Dire cela n'a rien d'extraordinaire à notre époque où même les téléphones portables font office d'appareils photo, mais entre les deux guerres, les appareils sont rares et les temps d'expositions encore longs.
Regarder le monde a travers l'objectif va exacerber le sens du détail d'Anatole. Si auprès de son maître il ne va prendre des clichés que de fruits et d'objets inanimés, il va en dehors de ses leçons laisser dériver son "inspiration" sur une pente vicieuse.

      Anatole Vasanpeine ne voit le monde et les gens qui l'entoure qu'à travers des détails, le reste ne l'intéresse pas. Il garde soigneusement tout ces détails dans un coin de son esprit et les transcris ensuite dans des cahiers. Pour nous autre, êtres humains, qui ne prenons plus assez de temps pour les détails, il nous parait étrange, mais malin à la fois. Mais peut-on vivre de détails ? Pas plus que de leur absence. Il faut un juste milieu. Anatole ne nous donne pas de leçon, il est comme il est, curieux, bizarre, vicieux, dérangé, ... Mais ce qui est étonnant c'est qu'il ne nous dérange pas. En tout cas moi il ne m'a pas dérangé ou mise mal à l'aise. Je me suis juste dit : "Ah oui il est bizarre, c'est curieux comme façon de voir les choses". Mais en même temps il me donne aussi de prêter plus attention aux détails ... Mais rassurez-vous pas à sa manière !

       Alberto Manguel, l'auteur, a eu la chance de pouvoir consulter les carnets de Anatole Vasanpeine et il nous en livre des passages, dont le passage en 4ème de couverture. Il apparait clairement que derrière ce texte, il y a eu un vrai travail de recherches, et les sources sont allègrement citées. C'est un essai romancé, qui a le bon sens d'être court et qui reste neutre. Alberto Manguel a eu le tact de ne pas prendre position vis à vis de cet homme, et sa neutralité fait que nous pouvons plus facilement poser notre jugement et notre réflexion.

      Ce petit ouvrage se lit bien, j'y ai découvert un personnage curieux, mais je ne vais pas pousser ma curiosité à chercher à plus connaître le protagoniste principal.

     "L"appareil photographique portable lui permettait de matérialiser sa relation au monde en un geste de possession visuelle concrétisé par l'usage de la pellicule, technique qui conférait une réalité physique à l'objet de sa contemplation, le rendant tangible et permanent au lieu de brièvement perçu et toujours évanescent."

     " Je me contente de deviner leur longueur (cheveux) d'après la parcelle qui m'est donnée. Je ne souhaiterais pas en voir plus. Ce qui est complet ne laisse pas de place au désir."

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