samedi 2 novembre 2013

Adieu Zola - Romuald Olb Oudjani

Adieu Zola, de Romuald Olb Oudjani

219 pages
Editions Atria
Parution : Mars 2013

4ème de couverture :
« — Ce projet est une chance EXTRAORDINAIRE pour tous les habitants de Bobiland. Je vous assure que vous pouvez signer les yeux fermés, monsieur le préfet.

— Vous êtes sûre de ce que vous faites madame le maire ? demanda le préfet, légèrement inquiet.

— Oui, faites-moi confiance, c'est la meilleure solution, il faut tout détruire, tout raser et repartir sur du neuf, du moderne, du contemporain ; nous allons construire de beaux petits logements individuels et puis des espaces verts autour... Vous verrez, monsieur le préfet... ce sera FORMIDABLE ! »

Adieu Cité Zola et vive le progrès ! Mais les habitants de la cité ne l'entendent pas de cette oreille. Hors de question pour eux de vivre ailleurs : ils l'aiment leur cité de toutes les couleurs, de tous les vices, de toutes les libertés !

Alors s'engage un véritable bras de fer entre les politiciens véreux, les grutiers obsédés  par  le chantier de démolition et les représentants du collectif « Sauvons la cité Zola ». Les personnages sont tous fous à lier et follement attachants dans ce roman burlesque, tendre et profondément humain.

      J'ai reçu ce livre en partenariat avec le forum Livraddict et les Éditions Atria, et je les en remercie.
      Mon impression, le livre tout juste refermé : mitigée. J'étais partagée entre le fait de ne pas avoir apprécié le livre, lui trouver un style propre intéressant et ne pas être sûre de vraiment comprendre ce que la fin signifie.
      Une bonne nuit de sommeil, et d'autres choses m'apparaissent. Le recul semble plus que nécessaire pour comprendre, voir apprécier ce livre.
      L'histoire est simple : madame le maire a décidé de moderniser la ville de Bobiland, et cela passe par la destruction de la tour Zola, tour de dix étages comprenant pas moins de quatre-vingt dix logements. Une démolition en accord avec les nouvelles chartes de l'environnement : on ne dynamite plus les barres d'immeubles, non, maintenant on grignote le béton petit à petit à l'aide de grues et de pinces mécaniques.
      L'auteur nous emmène donc sur le chantier, et nous faisons connaissance de Labite, Lafourche, Said et Cohen, ainsi que du fils Coquelicot, là pour grignoter le béton. Ce sont des ouvriers de base, sans grandes instructions, qui rêvent de vie meilleure. Les plus jeunes se placent sous l'autorité de l'ancien, qu'ils croient plus sage et plus instruit qu'eux.
       Nous assistons donc à l'ensemble de la destruction de la tour, petit à petit, en vivant le quotidien des hommes du chantier, dans les grandes lignes, je vous rassure.
      Au moment de ma lecture, j'ai été agacé par ces ouvriers trop caricaturaux pour être réels, ces hommes politiques absolument hystériques et insupportables, ce besoin de sexe récurrent chez tous les personnages et l'activité de la tour Zola qui ne semble tourner qu'autour de ça. Je trouvais ça trop gros, trop nul, je me suis dit que franchement l'auteur ne s'était pas foulé et que vraiment ce que je lisais n'avait aucun intérêt.
       Et puis j'ai compris, à la lecture des dernières pages... Et s'il n'y avait jamais eu de projet de démolition de la tour Zola ? Si tout ceci n'avait eu lieu que dans la tête d'un seul homme ?
       Et d'un seul coup, tout s'éclaire, tout prend un sens. Si les personnages se ressemblent tous, c'est parce qu'ils sont le fruit de l'imagination d'un seul homme, et dans les songes, l'inconscient se projette, et nous projette dans chacun des protagonistes du rêve ! Nous retrouvons donc la part de solitude, de désir physique, la colère et les espoirs de notre rêveur dans chacun des personnages. Il s'est inventé un monde à lui, un peu trop gros, un peu trop caricatural et aussi un gros peu vulgaire.
      Il m'aura fallu du temps pour mieux comprendre l'idée de base de l'auteur et comprendre ses choix d'écriture.
      Ce que j’ai beaucoup apprécié dans ce texte, c'est la solidarité sous-jacente à chaque instant des personnages les uns envers les autres, personne ne veut être seul et personne n'accepte de voir l'autre galéré dans la vie. Les mains se tendent, même si parfois ce n'est que de façon courte ou illusoire. Les hommes du chantier et de la cité Zola, s'entraident et se soutiennent, cela redonne un peu d'espoir dans ce monde.
      J'ai aussi beaucoup apprécié la façon dont est décrite le métier de grutier, Romuald Olb Oudjani, met se métier en valeur, présentant les grutiers comme des hommes passionnés dans leur travail, minutieux et professionnel. Mais il relate aussi les difficultés à exercer celui-ci, la confrontation à la misère des gens, à leur place en première ligne lors des révoltes des habitants des immeubles à détruire, ... des hommes impuissants qui ne peuvent rien faire à part obéir aux ordres, se focaliser sur le travail et fermer leurs coeurs.
     Autre point positif : les points de vue de tous, habitants, homme du chantier, politique, sont présentés sans jugement de la part de l'auteur. Il y a du bon et du mauvais à détruire la cité Zola, mais ce ne sont pas les mêmes pour chacun des protagonistes. Les enjeux sont importants, et l'auteur a la présence d'esprit de ne se surtout prendre aucun parti, incitant plutôt le lecteur à réfléchir sur les différents point de vue, souffrances et espoirs de chacun.
      Je reste tout de même sur mon impression de trop de vulgarité. Je le garderai en mémoire comme un exercice littéraire osé et bien mené.
      Il faut également souligner que l'auteur a pris le temps de charger son récit de précision technique, ce qui nous met le doute jusqu'au bout.
     Une lecture originale et décalée qui surprend agréablement lorsqu'on se détache du texte et que l'on prend de l'analyser. Une écriture très premier-degré qui cache en réalité un livre plutôt "intello".

     "La ville s'appelait Bobiland et son nouveau terrain de jeu, la tour Emile Zola. C'était un chantier d'envergure, le plus impressionnant de sa carrière ; un immeuble de 10 étages, de 90 logements à broyer, de 90 histoires à déloger à la scie à beton. Sans état d'âme !"

     "Tout ce travail de concassage et de déblaiement allait permettre la réalisation d'une nouvelle autoroute promise par madame le maire pour rejoindre l'océan. Nos deux grutiers le savaient et c'est pour cette raison, aussi, qu'ils dégageaient des gravats comme des acharnés. Frénétiquement, pour donner du rêve et de l'horizon marin aux gosses de la Seine-Saint-Denis..."




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