dimanche 1 juin 2014

Mélisande ! Que sont les rêves ? - Hillel Halkin

Mélisande ! Que sont les rêves ?, de Hillel Halkin

287pages
Editions Gallimard, Collection Folio
Parution : 3 avril 2014

4ème de couverture :
"Si nous n'avions qu'une vie à vivre ensemble, je la passerais avec toi dans la joie, en souhaitant encore davantage. Si toi et moi pouvions renaître encore et encore, je voudrais que ce soit toujours toi, toujours moi, pour qu'à chaque renaissance nous soyons toujours ensemble". Dans le New York des années 1950, au club de littérature du lycée, Hoo, un adolescent timide, écoute avec ravissement la belle Melisande. Vingt-cinq années passeront, il ne cessera pas de l'aimer. Vingt-cinq années, de la chasse aux sorcières à la guerre du Vietnam, depuis que, le temps d'un été, ils formèrent avec le fougueux Ricky un inséparable trio. Hillel Halkin nous offre un hymne à l'amitié et à l'amour : le long et émouvant regard d'un homme mûr sur celle qui donna à son existence tout son sens.

     A travers ce livre, Hillel Halkin nous invite à partager un petit moment de la vie d'un homme.
     Cet homme c'est Hoo. Il nous raconte sa relation avec une femme, Mélisande, de l'amitié d'adolescents, à la passion de jeunes adultes, à la routine de couple bien huilée.

     Ils se sont connus, dans les années 50, au collège, ainsi que Ricky. Ils forment un inséparable trio, dont Ricky s'évapore très vite.
     Plein de rêves, il part en quête de lui-même, et s'établit en Inde ; ce voyage le changera à tout jamais. Avant son départ il partagera quelques moments avec Mélisande, et quand il revient, c'est tout naturellement qu'ils se remettent ensemble.
     Hoo ignore tout cela, à la fin du lycée, chacun a pris sa voie et l'université les sépare. Alors qu'il aurait pu prendre son téléphone pour demander des nouvelles, il n'ose pas : à quoi bon ? Comment vivre à distance une relation qui était omniprésente auparavant ?
     Les trois amis se retrouveront par hasard lors d'une soirée organisée par un ancien camarade de lycée. Hoo tentera une fois de plus de s'échapper, mais cette fois la fuite ne l'aidera pas. Il reprend donc contact avec ses anciens amis, et surtout avec Mélie. Ricky lui reste étranger : son voyage a fait de lui un autre homme en qui il ne reconnait pas celui qui l'a connu.
     Une suite d'évènements rapprochera Hoo et Mélie,  Ricky de par son comportement, œuvrera à son insu à leur rapprochement. 
     Ce sera alors une nouvelle vie pour nos deux amoureux : amants passionnés, ils se comprennent et se soutiennent. Mais un fossé restera toujours entre eux, infranchissable malgré les mains tendus l'un vers l'autre. Arriveront-ils à passer outre ? A rester ensemble quoiqu'il advienne ? Peut-on vivre avec un désir-fantôme ?
     Hoo, un jour s'éloignera de leur routine et commettra l'irréparable. Eux qui ont traversé un grand nombre d'épreuve pourront-ils traverser celle-ci ? Ou est-ce justement l'acte de délivrance tant attendu ?
     Que devient la vie, lorsque l'on sort du confort rassurant de la routine ?

    Ce texte se veut une magnifique ode à l'amour envers une femme, je ne sais pas si tout le texte peut être considéré comme tel, mais les voeux de mariage de Hoo le sont. Ces quelques paragraphes sont forts, magnifiques. Quelle femme ne rêverait pas de les entendre prononcés de la bouche de celui qu'elle aime ?

     J'ai apprécié le fait que ce roman ne soit pas seulement une histoire d'amour. Certes, c'en est une, mais cela va au-delà de ça. Il est question d'un homme et d'une femme qui se cherchent eux-même, qui décident de partager un bout de chemin ensemble ; le couple ne fait pas perdre l'individualité de chacun, chacun entretien son espace et chacun respecte celui de l'autre.
     C'est avant tout l'histoire d'une souffrance. D'une douleur sous-jacente, qui distille sournoisement son venin dans chacun des gestes du quotidien. Une douleur qui ne peut se guérir, qui se rappelle à vous sans cesse et face à laquelle vous êtes impuissants. Hoo fera de son mieux pour soutenir Mélie, mais sa rancoeur et sa colère sont tenaces ; et même lorsque le passé est accepté, il est parfois plus simple de le déterrer et de le jeter à la figure de l'autre plutôt que d'affronter sa douleur.

     C'est l'histoire d'un homme qui, impuissant, essaye de tenir bon, qui aime sa femme et la soutien. C'est l'histoire d'une femme blessée, qui aime son mari, mais qui ne parvient pas à tenir le coup. Leur meilleur échappatoire : est la solitude. Ils se coupent petit à petit de toute vie sociale, voient moins leurs amis,ne les appellent plus. Bientôt, ils ne sont plus que tous les deux, et leur "fantôme" qui prend trop de place et les blesse un peu plus chaque jour.
      Hoo trouve encore un peu de chaleur humaine à son travail, qui lui prend beaucoup de temps et d'énergie, Mélie elle, passe ses journées, seule face à son métier à tisser.
     Et puis c'est le déclic, Hoo fait un faux pas, et la porte s'ouvre : Mélie s'envole, tel un oiseau qui serait resté prisonnier d'une cage, et Hoo apprend à vivre avec son absence. Chacun plonge tête baissé dans son rêve, libéré de l'autre, libéré de ce "fantôme".
     Ils se sont déjà retrouvés une fois, en sera-t-il de même cette fois-ci ?

     C'est un livre qui nous fait traverser leur vie, comme un voisin qui les observerait par la fenêtre et leur dirait "bonjour" lorsqu'il les croise. L'auteur nous prend par la main, nous fait faire un bout de chemin, et puis la lâche au détour d'une rue. Il n'y a pas particulièrement de début, pas particulièrement de fin, les personnages existaient avant, ils existeront encore après, rien n'est décidé pour eux. Un peu comme les gens que nous cotoyons dans la vraie vie : on partage des moments de leur vie, et puis un jour sans que l'on sache bien pourquoi, chacun reprend sa route ; comme c'est le cas avec Ricky pour eux. Le tout étant de profiter du moment présent car on ne sait ce que demain nous réserve.

     C'était une lecture agréable, même si j'avoue l'avoir fait un peu traîner en longueur. Il y a quelques passages un peu "prise de tête" avec quelques réflexions philosophiques, qui au fond n'apporte pas vraiment grand chose à l'histoire, à part ce côté "réel", comme lorsque deux amis débattent à côté de vous d'un sujet pointu qui ne vous intéresse pas.
     Ce livre est truffé de référence à la littérature grecque antique, cela parlera peut-être à certains, j'avoue être un peu passé à côté là aussi.

     Un livre assez ardu, qui intéressera davantage les passionnés de psychologie et relations humaines.

     Je remercie la collection Folio et le forum Livraddict pour la découverte de ce roman.

     "Nous étions tous convaincus que le monde serait meilleurs sans les adultes."

     "J'étais sur le point de partir quand vous êtes arrivés tous les deux. Cela a été un vrai choc. Moysh et Linda ne m'avaient jamais parlé de toi. Je ne savais pas que, l'un ou l'autre, vous vous trouviez à New York. Je ne savais pas que vous étiez ensemble. A chaque fois que j'imaginais une rencontre avec l'un de vous deux, et préparais mes mots, je ne pensais pas à y inclure l'autre. Aussi, je n'avais qu'une idée : me faufiler jusqu'à la porte sans que tu me voies."

     "Tout est illusion de conscience. Pas la peine d'aller en Inde pour le découvrir. Nous le savions déjà enfants. Le monde est un tour que nous jouent les particules."

     "Si toi et moi pouvions renaître encore et encore, je voudrais que ce soit toujours toi, toujours moi, pour qu'à chaque renaissance nous soyons toujours ensemble."

     "Nous avions nos routines. Cela avait été une erreur d'imaginer que la vie serait plus spontanée sans enfants. En fait, c'était le contraire. Les enfants nous obligent à être souples. [...] nous étions des êtres d'habitudes, bien plus que la plupart des gens. Nous supportions moins bien d'être interrompus ou distraits. Quoique nous disposions à notre gré de la majorité de notre temps, nous aimions surtout répéter ce que nous avions fait la veille."


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