jeudi 27 août 2015

Les clairs de lune de Théo - Mariane Oestreicher-Jourdain

Les clairs de lune de Théo , de Mariane Oestreicher-Jourdain

165pages
Editions Oskar
Parution : mai 2015

4ème de couverture :
A la mort de sa grand-mère, Théo est placé en foyer avec pour héritage une boîte contenant les disques vinyles qui ont bercé son enfance, et une somme d'argent léguée en secret pour qu'il s'achète un piano, lui qui n'en a jamais joué.
Partant à la recherche de ce piano, Théo commence alors un long chemin vers son passé troué de secrets et de mensonges. De rencontre en rencontre, de sonate en prélude, d'une branche à l'autre d'un arbre généalogique blessé, Théo va découvrir ce que les adultes, lâches ou trop inquiets, ne lui ont jamais révélé. Car la musique, elle, ne craint pas de dire les choses.

    Restons aujourd'hui encore dans le monde de l'enfance avec les mots magnifiques de Mariane Oestreicher-Jourdain. Les clairs de lune de Théo est un roman à mettre, une fois encore, dans toutes les mains ! La maison d'édition le conseille à un public de 11 à 111ans et je pense qu'elle a raison.

    Dans ce roman, nous rencontrons Théo, un petit garçon comme les autres qui vit avec sa grand-mère dans une petite maison au bord de la mer. La vie y est paisible et pleine de la musique des vinyles qu'elle garde précieusement dans une boîte. Théo aime ces moments de calme où musique classique et bruits de l'océan se mêlent et s'entremêlent.
    Lorsqu'il sera placé en foyer, après le décès de celle qui l'a élevé, c'est la première chose qu'il demandera : de quoi écouter ses disques.
    Puis survient cet ordre de sa grand-mère : acheter un piano avec l'argent qu'elle lui a légué. Mais comment acheter un piano ? où le mettre ? Quand il en parle à son éducateur, celui-ci est bien embêté car ce n'est pas si simple d'acheter un piano, surtout avec de l'argent qui n'a pas été légalement transmis. Mais Théo décide d'acheter lui-même son piano, et un jour, il se rend au magasin de musique et c'est LA rencontre : il est là devant lui qui l'appelle à venir caresser son bois, appuyer sur ses touches ... Pour Théo c'est le déclic, le moment où sa vie bascule : il veut ce piano, celui-là et pas un autre.
    La quête de son piano va conduire Théo dans une autre quête : un quête familiale et généalogique. De note en note, la musique va lui permettre de reconstituer son passé, de comprendre ce qui n'a jamais été dit, faire tomber les tabous et les tristesses, permettant le pardon et la réconciliation.

    C'est un livre plein de beauté et d'espoir, bien que des sujets plutôt rudes soient abordés : la mort, l'abandon, les camps de concentration. Autant de sujets que les adultes croient bons de taire aux enfants pour les protéger, autant de silences qui creusent des fossés plus larges les uns que les autres entre les membres d'une même famille.
    La lettre de la grand-mère éveille la curiosité de Théo, il est à présent tout seul, et pour continuer d'avancer il doit savoir, alors pour la première fois de sa vie il n'obéit pas et il cherche à remplir les manques du passé.
    Lorsque Théo joue, c'est comme s'il libérait son esprit et que toutes les données que son inconscient retenait prisonnières, se déversaient et se mettaient en place dans son histoire. Comme s'il s'oubliait pour laisser à la vérité la place d'éclater. Théo s'abandonne dans les bras de son piano, et celui-ci le protège, l'entoure de ses notes et lui conte doucement, à l'oreille, les histoires qu'il a besoin d'entendre.

    En dévoilant un autre aspect des camps de concentration, l'auteur amène son lecteur à se poser des questions, à en savoir plus. La musique était présente là-bas ; mais la musique n'est pas toujours synonyme de bonheur, de légèreté, l'horreur peut dévorer et tâcher à jamais une source de bonheur et de plaisir. J'ai apprécié que l'auteur à travers cette anecdote, ce chemin détourné, pousse le lecteur à aller plus loin, à creuser, à chercher et à comprendre, même si le sujet est déplaisant.

    J'ai beaucoup aimé chacun des personnages qu'a créé l'auteur, pleins de douceur et d'empathie. Ce sont des gens que nous aimerions rencontrer sur notre chemin. Peut-être les rencontrons-nous, mais ne leur donnons-nous pas la possibilité de partager un moment notre route ? Théo a cette confiance qu'ont les enfants, à suivre leur intuition, à ressentir les gens plutôt que de les juger sur ce qu'ils sont ou ce qu'ils paraissent. Nous avons beaucoup à apprendre des enfants. Et beaucoup à apprendre de ce livre.

   J'ai passé un merveilleux moment de lecture avec ce livre. Je me suis laissée portée par les mots de l'auteure, j'ai souri avec Théo et eu les larmes aux yeux. Le piano a fait vibrer ma corde sensible, et j'ai entendu ses notes couler en cascades dans ma tête.
    Si vous voulez un livre plein de poésie et de musique, d'humanité et de partage, je vous conseille d'ouvrir ce livre et de vous abandonner entre ses pages.

"Mais Théo n'avait pas hurlé. Il ne hurlait jamais. Alors il s'était envolé au-dessus de la mer, commes les mouettes. Quand il était revenu dans la salle aux murs blancs et orange, il avait simplement levé la tête et dit :
- Je peux vous poser deux questions ?"

"Joue, Théo, joue ! Je te raconterai les jours.
Et la musique coulait, fusait, jaillissait.
Tu es venu ici pour me retrouver. Joue... Tu verras que jouer, c'est aussi retrouver des secrets."


"Vous avez même pas compris que quand vous vous taisez, c'est encore pire que des mensonges. "

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