mercredi 30 septembre 2015

Méfiez-vous des femmes exceptionnelles - Claire Delannoy

Méfiez-vous des femmes exceptionnelles, de Claire Delannoy

263pages
Editions Albin Michel
Parution : 20 août 2015

4ème de couverture :
    Elles se sont rencontrées aux Beaux-Arts quand elles avaient vingt ans et sont restées amies, même si l'une vivait à New York, les autres à Casa, Naples ou Paris. Elles ont connu des amours différentes et des carrières parfois en dents de scie. Elles se sont rarement retrouvées toutes ensemble, sauf ce fameux « été Diesel ». Et maintenant, après la mort du compagnon de Diane, pour affronter ce que les années ont accumulé de demi-vérités ou de vraies trahisons.
   Roman sur l'amitié, ce tissage complexe, subtil et mystérieux qui se nourrit de toutes les strates de la mémoire, Méfiez-vous des femmes exceptionnelles évoque les paradoxes de la liberté et de la fidélité, le faux et le réel dans un monde incertain et éclaté, où chacun s'invente sa vérité.

    Dans ce livre nous suivons principalement Diane, qui vient de perdre son mari, homme qu'elle a épousé lorsqu'elle était jeune et avec qui elle partageait surtout un appartement. Ce fut un mariage coup de tête, imprévu que ces amies n'ont pas compris lorsque cette dernière leur a annoncé le jour même qu'elle s'était mariée. Ces amies Marie, Sofia, Chris et Nour semblent savoir ce qu'elles vont faire de leurs vies. Marie enseignera, Sofia sera architecte, Chris une peintre reconnue et Nour une femme d'affaire accomplie.
    Lorsque Diane revoit ses amies, elle ne peut que constater leurs différencse, elles semblent évoluer dans des mondes différents. Les souvenirs reviennent, amplifiant encore les fossés creusés.
    Il lui est à la fois douloureux et nécessaire d'être avec elles, pour comprendre et parce qu'elles sont tout ce qu'il lui reste dans la vie.

    C'est l'histoire d'une femme qui est restée en retrait, qui a fait passer les autres avant elle, ne se trouvant pas vraiment elle-même. Elle a fait des choix, avec lesquels elle essaye de composer. Mais c'est une femme sensible qui ne crie pas haut et fort que se vie est parfaite. Elle reste en arrière, s'isole dans le silence.
    Ce qui se révèle le plus dur pour Diane, s'est de se rendre compte que durant toute ces années elle a été là où on lui a demandé. Lorsqu'une de ses amies avait besoin d'elle, elle restait auprès d'elle pendant des jours, des semaines, des mois pour les soutenir et les réconforter, mettant entre parenthèse sa vie à elle. Une façon de vivre sa vie par procuration en vivant un petit peu celle des autres ? Absolument pas ! Diane est une jeune femme sensible et très empathique. Elle écoute son coeur et fait ce qui lui semble le meilleur à ce moment là.

   Diane avait construit une vie un peu bancale, où Régis restait un point d'ancrage, malgré leur relation compliquée qui ne la rendait pas heureuse. Forte, elle aménageait le reste de sa vie comme elle le pouvait, pour y trouver un peu de bonheur. On pourrait dire que Diane est une fille simple dans une vie simple.
    Lorsque ce repère disparait, c'est un raz de marée qui la submerge, elle est perdue. Comment reprendre le rythme de sa vie sans le tempo ? Sans cette lumière au loin qui l'attirait et la faisait fuir, tour à tour ? Régis ne lui apportait pas seulement la sécurité financière, car Diane travaille, c'était au delà : un sentiment d'avoir quelqu'un sur lequel s'appuyer, de qui s'occuper, qui pense à elle de temps en temps et à qui penser, ce sentiment de vivre en duo, appuyé l'un sur l'autre, même à distance. Diane avait batti sa sécurité affective et mentale sur ce schéma.

    Lorsqu'elle apprend que Régis avait une fille, alors qu'elle-même avait renoncé à son enfant pensant qu'il n'en voulait pas, c'est le choc. Elle aurait aimé remplir sa vie d'un enfant, mais il est trop tard, elle ne comprend pas. Comment a-t-elle pu passer à côté d'une telle chose ? N'a-t-elle jamais compris Régis ? Où y a-t-il autre chose ? Il lui faut savoir, et pleine de lassitude, déboussolée, elle essaye de recomposer le puzzle dont les pièces semblent égarées chez chacune de ses amies.
    C'est un long chemin, douloureux, c'est une reconstruction d'elle-même qu'elle est en train de faire, pour peut-être enfin devenir vraiment maître de sa vie.

    J'ai beaucoup aimé ce personnage de Diane, un personnage assez discret, qui par moment explose, acerbe et honnête. Elle se raconte, en prenant la voix du narrateur, mais l'auteur donne régulièrement la parole à ces amies, leur permettant ainsi de se raconter, mais surtout de raconter Diane. Si au début c'est un petit peu difficile à suivre au cours de la lecture, on s'habitue vite et on pénètre dans ce quintette féminin. On y découvre des personnalités différentes, fortes, mais aussi des femmes sensibles, vacillantes dans leurs vies mais si elles prétendent le contraire. Des vies où Diane a joué le rôle de pilier grâce à sa gentillesse, mais aussi grâce à son choix d'épouser Régis, même si ça elle ne le sait pas encore.

    Ce livre nous fait nous ouvrir sur les autres. Il ne faut pas juger trop vite le choix de vie de quelqu'un, car peut-être ne s'accomplit-il pas dans un travail ambitieux lui apportant notoriété et richesse, mais il reste essentiel dans la vie de beaucoup par sa présence, son soutien et son indéfectible fidélité.
    Si Diane avait choisi une autre vie, celle de ses amies auraient été différentes. Les amitiés fonctionnent en réseau, s'appuyant et s'enrichissant les unes sur les autres.

   C'est un excellent roman, pas toujours facile à lire, car l'auteur possède une plume et un style bien à elle, mais dont on ressort différent. Ce livre amène à réfléchir, à se questionner sur soi-même, tout ce que j’apprécie d'un bon roman.

    "Elle en aurait pleuré, rien n'allait mais il n'y avait rien à en dire, seul le sentiment d'être déplacée, pas là où il aurait fallu qu'elle soit, mais y avait-il un lieu où elle aurait aimé être."

   "Elle les avait regardées, si sûres de leur nouveau départ, et lui était venue à l'esprit cette expression stupide, refaire sa vie, qu'avait-elle à refaire, elle qui n'avait rien fait, elle se sentait face à elle si démunie, si médiocre, enlisée dans une liberté où seul le renoncement existait."

   "Une curiosité qui vous prend sans que vous sachiez l'endiguer, parfois dans l'autobus à écouter une conversation privée, dans un café à vouloir connaître le livre dans lequel votre voisin est plongé, dans le métro à lire derrière son dos l'article qui attire toute l'attention d'un passager, c'est infini et surprenant la curiosité, la fascination pour ce qui fascine les autres, le désir d'entrer furtivement dans une vie inconnue, d'en saisir un moment de grâce."

   "Et c'est parti, mais madame le génie peut-être admettre qu'il y ait des personnes quel que soit leur sexe qui se foutent d'être reconnues, qui veulent juste vivre leur vie sans être rappelées à l'ordre ni prouver au monde qu'elles ont un talent fou."


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