mercredi 21 octobre 2015

Au bord de la mer violette - Alain Jaubert

Au bord de la mer violette, de Alain Jaubert

311 pages
Editions Gallimard, Collection Folio
Parution : juin 2015


4ème de couverture :
    Un soir de l’été 1875, deux très jeunes gens, un Français et un Polonais, se rencontrent sur le Vieux-Port de Marseille au temps de sa splendeur. Ils sont profondément marqués par l'Odyssée, par Victor Hugo, par Jules Verne et surtout par Baudelaire. Ils rêvent d’aventures, de mers lointaines, de déserts ou de tempêtes, de peuples sauvages…
    L’un deviendra un célèbre poète français, connaîtra l’exil, l’errance, avant de revenir mourir dans la cité phocéenne. L’autre, marin pendant vingt ans, se métamorphosera en l’un des plus grands romanciers britanniques du XXe siècle. Leurs vies offrent de troublants parallèles, au cœur d’une Histoire mouvementée, de la Commune à la Grande Guerre. Leurs destins croisés composent un vrai roman d’aventures et d’inquiétude. Au lecteur de deviner les noms de ces deux personnages. 


     Lorsque j'ai eu ce livre entre les mains, j'avais vraiment très envie de le lire. La quatrième de couverture me semblait très prometteuse.
    La première chose qui m'a surprise en feuilletant le livre : il n'y a pas de chapitre. Pas l'ombre d'un seul petit chapitre, ou d'une page sautée. Le texte est dense et écrit en tout petit. Voilà qui est intriguant au premier abord.
    C'est un livre que je pensais dévorer, me laissant porter par les mots de l'auteur à travers les rues de Marseille et des destins des deux jeunes auteurs que nous allions rencontrer. Je me suis vite rendue compte, que pas du tout. Si l'auteur nous emmène bien avec lui à travers une visite poussée de la ville Méditerranéenne, il prend un grand plaisir à flâner et nous raconter par le menu tout ce qui s'y trouve, sollicitant ainsi à chaque instant notre imagination et nous retardant sans cesse dans l'avancée de la lecture.
    Qu'on se le dise une fois pour toute, c'est un livre qui demande du temps, car sa lecture est lente, même pour un lecteur habitué à dévorer les pages.
    Mais si le temps s'égraine doucement au fil des pages, on ne s'ennuie pas durant cette lecture, car comme je le disais plus haut, l'auteur sollicite sans cesse notre imagination, et nous abreuve de milliers de petites informations.

    Dans ce livre nous rencontrons d'abord le jeune Konrad, qui s'apprête dès le lendemain à reprendre la mer sur un navire de commerce. Il a hâte de repartir, mais il s'accorde une dernière soirée de loisir à la terrasse de son café préféré, pour profiter encore de la ville. C'est ainsi qu'il rencontre le jeune Arthur qui vient de traverser la moitié de l'Europe à pied, fixé sur un seul objectif : la Méditerranée.
    S'engage entre les deux hommes une longue discussion, sur la mer, la vie, leur existence, ce qu'ils pourraient et voudraient faire. Ils parleront tant qu'ils verront ensemble le soleil se lever.
Ils se sépareront sans plus de manière qu'il n'y en a eu dans leur rencontre.
    A ce moment là, nous faisons un grand saut dans le temps, pour retrouver Arthur, et seulement Arthur dans la seconde partie, qui est revenu à Marseille. On le retrouve dans sa chambre à l'hôpital, où il oscille entre délire et lucidité. L'auteur mêle récit de la vie d'Arthur et ses pensées du moment. Le tout donnant un texte assez confus, comme l'est l'esprit du poète à ce moment là.
   Dans la troisième partie, Alain Jaubert, usera du même procédé avec Konrad cette fois. Mais si Konrad est vieillissant il a encore toute sa tête. Cette partie est donc plus claire, rédigée presque comme le carnet de souvenirs d'un homme qui revenant sur les lieux où tout a commencé, se remémore son passé, année après année.

    J'avoue ne pas avoir apprécié toute la partie sur Arthur, sa lecture en a été longue et douloureuse, comme l'est la vie de l'homme que l'on nous raconte. Il m'a fallu du courage et de la volonté pour achever de la lire, comme il lui en a fallu pour rester en vie jour après jour. C'est avec soulagement que j'ai plongé dans les souvenirs plus clairs et légers de Konrad, moins tourmentés.
    Je pense que l'auteur a travers ces mots a essayé de rendre au plus juste les sentiments de ses deux protagonistes, n'épargnant pas, ainsi, son lecteur. 

    Ce texte est un texte compliqué, Alain Jaubert use abondamment du vocabulaire spécifique lié à la marine, mais on n'en attendait pas moins d'un ancien marin. Cela pourra en bloquer et gêner certains, mais on peut très bien passer outre, et laisser son imagination vagabonder et imaginer ce que peut être telle ou telle voile, après tout dans notre tête nous sommes libres !
    Ce n'est pas un roman d'action, il ne s'y passe pour ainsi dire rien. On nous rapporte des faits, des souvenirs : pas de suspens, pas d'attente, juste le moment présent ou le passé.
    L'auteur use et abuse des descriptions, à chaque page, comme pour ancrer dans les mémoires ce qu'était Marseille ou la vie des deux hommes à cette époque. Si vous n'êtes pas amateur de longues descriptions : passez votre chemin.

    Ce livre m'a surprise, je ne m'attendais pas à ce genre de texte, je l'ai vécu comme une sorte de voyage ou d'expérience. Mais pour être honnête je ne pense pas le relire un jour. 
    Pour les fans de Rimbaud et de Conrad, c'est une façon différente de voir leur vie, qui pourraient vous intéressez.
    Le mieux étant que vous vous fassiez une idée par vous-même.

    Il a enfin trouvé sa voie, lui, l'orphelin, l’exilé. Etre loin, disparu, oublié, ignoré, sans attaches et, si seulement c'était possible sans souvenirs. Il a trouvé son bout du monde, sa cachette absolue. Il n'est plus rien, il aime la saoulerie vertigineuse de la foule, cet anonymat définitif dans ces tourbillons de gens, cet immense brassage de classes sociales, de costumes pittoresque, de la redingote au burnous, du gibus au turban, les groupes les plus divers de tous ces quartiers, des villages des environs, des centaines de navires en escale, des foules se déversant, se mélangeant, repartant, revenant, se métamorphosant sans cesse, chaque jour, chaque heure. Et lui, perdu au milieu de tous, chantonnant, enfin joyeux, ivre de son invisibilité. Personne ne le connaît, il ne connaît personne, il est libre ... La ville lui appartient.

   Il pense à Thérèse, à Marseille, à la Pologne, il a l'impression d'être embarqué dans une histoire qui le tiens prisonnier, qu'il ne peut maîtriser... A la fois heureux et malheureux. Sa vie est devant lui mais le poids du passé est étrangement lourd.

   Et puis autant sa vie lui paraissait lors de chaque crise comme un tissu décousu d'occasions ratées, de fuites inutiles, d'errances sans but, de rencontres sans lendemain, autant l'écriture avait redonné une cohérence à ces morceaux de vie. Ses personnages et ses paysages recomposés étaient le ciment de cette existence parallèle. Il pensait qu'il avait réussi à vaincre en partie cette cruauté et cette absurde indifférence de la nature en fabriquant ces petites machines mystérieuses et trépidantes, les livres.

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