samedi 12 mars 2016

L'été contraire - Yves Bichet

L'été contraire, de Yves Bichet

179 pages
Editions Mercure de France
Parution : Septembre 2015


4ème de couverture :
    Une infirmière, un agent d’entretien, deux retraités, une simplette… Cinq petits héros du quotidien qui refusent de céder à la morosité alors que l’été arrive, qu’il fait de plus en plus chaud, que la canicule menace. Le pays se délite mais eux se découvrent, s’aiment et se confrontent à la manière batailleuse des timides. Loin de s’apitoyer sur leur sort, ils nous guident vers des chemins de traverse où le burlesque côtoie le drame et, peut-être, une nouvelle forme d’utopie.  


    Ma relation à ce livre a été un peu particulière je dois bien l'avouer. Pendant ma lecture, je n'ai absolument pas été convaincue : ni par l'histoire, ni par les personnages, ... Je me disais "oui, mais encore", "il veut en venir où là?". Mais comme je n'abandonne jamais un livre je l'ai lu jusqu'au bout. Et mon verdict a été sans appel : ça ferait un scénario de film original, mais à lire cela manque vraiment d'intérêt. Je me suis longtemps demandé ce que je pourrais bien vous en dire, et qu'écrire dessus.

     Les mois ont passé depuis ma lecture, qui date d'octobre, mais le livre est resté dans un petit coin de ma tête. Et aujourd'hui j'en garde un souvenir attendri, une petite pointe de tendresse pour les personnages.
    Mais surtout j'ai lu plusieurs actualités qui m'ont rappelés des passages du livre, qui m'ont rappelé cette drôle d'équipe qui s'aventure sur les routes en plein été caniculaire.

     Ma question aujourd'hui est presque celle-ci : ce livre est-il si visionnaire au point qu'on ne puisse le prendre au sérieux tel quel lors de la lecture et qu'il ne puisse s'éclairer que de quelques actions concrètes dans le monde ? Car derrière cette histoire de deux petits vieux, deux jeunes et une simplette qui s'échappent d'une maison de retraite et finissent sur les routes, il y a beaucoup d'autres choses, beaucoup d'autres idées et réflexions menées ou juste suggérées par l'auteur. Et lors de ma lecture je ne m'en étais pas rendue compte, m'étant simplement contentée de lire l'histoire.
    Je dois reconnaître que sur ce coup-là l'auteur a joué très fin, car ce sont toutes ces idées et réflexions qui restent gravées dans notre esprit, à la manière des images subliminales, et ce sont elles qui ressortent petit à petit. Rares sont les livres qui ont marqué mon esprit de cette façon.

    A travers ce récit, c'est presque toute notre société qui est dénoncée, avec en vrac : l'individualisme croissant, les capitaux et la rentabilité à tout prix qui mènent le monde, la surconsommation, l'égoïsme, l'embourgeoisement, ... Il rappelle aussi au lecteur que le peuple peut changer les choses pour peu qu'il s'en donne les moyens, et que l'effet papillon est tel qu'une goutte dans l'océan peut se transformer en véritable raz-de-marée.
    Finalement notre fine équipe n'a fait que donner une petite impulsion en cet été caniculaire, et la véritable histoire est celle qu'elle a provoqué sans même le vouloir.

    Je reste tout de même persuadée que ce roman serait encore meilleur porté à l'écran, à condition que l'auteur travaille à sa réalisation, car je pense qu'il a encore beaucoup de choses à dire et à suggérer, et l'image serait à mon avis plus impactante que les mots.

    Pour finir je dirais, que cette lecture a été vraiment très intéressante, et que parfois il faut m'expliquer longtemps avant que je comprenne l'intérêt d'un livre et les messages que souhaitaient faire passer un auteur. Le temps est un allié précieux parfois, et ce roman me conforte dans l'idée qu'il ne sert à rien de vouloir parler d'un livre trop vite, il faut laisser aux mots le temps de faire leur œuvre en nous, pour enfin pouvoir poser des mots sur notre ressenti.
    Je vous mets donc en garde : ce livre demande une lecture en trois dimensions et non une simple lecture linéaire, mais étant prévenu je pense que vous comprendrez tout de suite ce que je veux vous dire par là.

    La bouche sèche, la nuque perlée de sueur, il regarde autour de lui et se dit qu'il faudra bien un jour ou l'autre en finir aussi avec ces escapades délétères au casino... Une seconde, l'image de Clémence traverses son esprit, l'infirmière qui à ses risques et périls les prtège, leur ouvre le portillon du bas chaque début de week-end. Personne d'autre ne les comprend, ne les aide. Il lève la maison au dessus des joueurs, déplie ses doigts, pose ses lèvres et souflle fort. Il envoie son baiser au plafond.

    Le monde peut bien courir à sa perte, Gigi se fiche du temps déréglé, des allergies qui explosent, de l'augmentation générale des températures. Elle aime les fleurs et les visages. Elle aime la pluie, la neige, la canicule autant que les grêlons et les éclairs de chaleur. Elle aime l'amour et les mots doubles. Elle aime sa Germaine. Elle pense que les râleurs de ce monde égaré vont tous un jour flétrir sur pied comme des coquelicots...

    Elle lisse sa poupée de chiffon, lustre sans fin ce bout d'étoffe élimé et ce geste-là requiert toute son attention. Elle triture son tissu mille fois aplati comme si rien d'autre n'avait d'importance. Le banquier la regarde faire en hochant la tête. La solution est peut-être ici finalement, à portée de main, dans ce geste inutile, répétitif, dans cette tendresse sans destinataire, un amour gratuit et vain. Une marche à suivre.

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