dimanche 10 avril 2016

Le ravissement des innocents - Taiye Selasi

Le ravissement des innocents, de Taiye Selasi

419 pages
Editions Gallimard, Collection Folio
Parution : Février 2016

4ème de couverture :
    C’est l’histoire d’une famille, des ruptures et déchirements qui se produisent en son sein, et des efforts déployés par chacun pour œuvrer à la réconciliation. En une soirée, la vie de la famille Sai s’écroule : Kweku, le père, un chirurgien ghanéen très respecté aux États-Unis, subit une injustice professionnelle criante. Ne pouvant assumer cette humiliation, il abandonne Folá et leurs quatre enfants. Jusqu’à l'irruption d’un nouveau drame qui les oblige tous à se remettre en question. 



    Dans ce livre nous faisons la connaissance des membres d'une famille déchirée et éparpillée à travers le monde, à qui il est arrivé une suite d'évènements malheureux et où la communication a été rompue.
    Tout d'abord il y a ce père, Kweku, jeune homme brillant qui décide de réussir dans la médecine, et pour cel quitte son Afrique. Il s'installe en Amérique, et rencontre Fola et se marie jeune. Il mène de front vie de famille et études, puis internat puis poste fixe à l'hôpital.
    Puis il y a la mère,Fola,  jeune femme brillante, qui sacrifie ses études pour que son homme puisse réussir les siennes, mère de quatre enfants, elle reste forte et indépendante, créant sa petite boutique de fleuriste par passion.
   Il y a Olu, le fils ainé de la fratrie, qui décide de suivre les traces de son père et s'engage dans la médecine. Il y aussi Taiwo et Kehinde, les jumeaux, fusionnels durant toute leur enfance et leur adolescence, ils s'éloigneront petit à petit l'un de l'autre. Et puis il y a Sadie, la petite dernière, qui a failli ne pas survivre à sa naissance, la petite protégée de la famille.
    Tout aurait été simple pour cette famille, si le père n'avait pas perdu son travail, ou du moins s'il l'avait accepté. S'il avait accepté de dire à sa femme, qu'il avait été renvoyé. Mais par fierté il a laissé le mensonge s'installer, et ne faisant pas face il décide de prendre la fuite. Ce qu'il n'avait pas mesuré, c'est que le jour où il viendrait s'excuser : il trouverait porte close et sa famille envolée.
    Est-ce à cause de ce mensonge que la famille finit par s'éparpiller ? Que chacun traîne sa petite dose de problèmes et de non-dits ? L'auteur tenterait de nous faire croire que oui, que tout découle de cet acte d'abandon. Mais si la problème était plus profond ?
    Pour moi il me parait évident que cette famille n'avait pas compris quel était le pilier central de cette famille, pilier qui s'ignorait lui-même.
    Aucune famille n'est parfaite, chacun fait des erreurs, mais le plus important est de communiquer car le silence fait des ravages. Si pour Sadie, il devient nécessaire, c'est parce se tourne vers elle toutes les paroles, toutes les attentions, tous les espoirs que sa mère a pour ses quatre enfants, mais n'ayant qu'elle, c'est à elle qu'elle donne tout. Mais un enfant ne peut recevoir pour quatre.
    Si Kehinde avait parlé, alors la situation de toute sa famille aurait peut-être été différente ; si Olu avait été à la place de Kehinde aurait-il parlé ? Tant de questions restent sans réponses, des questions qu'aucun membre de la famille ne soulève jamais...
    Quand la famille est amenée à enfin se retrouver, les non-dits se révèlent, mais rien ne semble réglé pour autant ? Et pourquoi avoir attendu si longtemps ?

   Le livre est construit en trois parties, la première nous fait surtout rencontré le père et sa vie. La seconde, nous parle des 4 enfants et de leur mère, et le dernier chapitre de leurs retrouvailles en Afrique.
    J'ai aimé la première partie, la façon dont elle est construite, le rythme des mots, la poésie de l'écriture. C'est une partie que j'ai lu presque d'une traite à haute voix avec plaisir.
    J'ai commencé à décrocher un peu à la seconde partie, le style commence à changer, les évènements racontés ne sont plus de même nature, mais restent assez superficiels du coup.
    En revanche, je n'ai pas du tout aimé la dernière partie, elle m'a fait l'impression d'une douche froide, pourquoi avoir glissé ces éléments aussi durs ainsi à la fin ? Leurs descriptions crues n'apportent rien à l'histoire, est-ce pour laisser le lecteur sur des images chocs, comme pour cacher des approximations et des manques de cohérences ou approfondissement dans le reste du livre ? J'en ai presque été choquée. Pourquoi fallait-il que ce livre qui commençait emprunt de poésie et de mystère, plein de réflexion et de portes ouvertes vers notre imagination, finisse dans de tels étalages inutiles ?
   Une façon de s'assurer que le lecteur "en ait pour son argent" ?
Une façon d'être sûre de justifier son histoire, en posant des horreurs tangibles et facilement visualisables ? Comme si le silence et la distance, n'était pas suffisant, comme si le double abandon des jumeaux n'étaient pas suffisant à leur errance ? La subtilité de l'idée que développait l'auteur n'aurait-elle pas pu suffire ?
    J'aurais aimé ne pas lire cette fin, j'aurais préféré pas de fin du tout à la rigueur. Je suis persuadée que l'auteur aurait pu nous livrer une fin de la même trempe que la première partie, toute en légèreté. Mais c'était un exercice littéraire périlleux, que je regrette qu'elle n'ait pas tenté.

    Ce fut une lecture agréable pendant 350pages, dont j'ai apprécié de lire des passages à voix haute et dont je pense que l'auteur peut écrire de superbes choses si elle ose davantage laisser sortir la poésie qui est en elle.



     Elle ne ressemble à aucune femme qu'il a connue.
    Ou à aucune femme qu'il a aimée.
    Il n'est pas certain de les avoir connues, d'y etre parvenu, ou qu'un homme soit capable de connaître une femme. 

    Partager la vie d'une femme heureuse en permanence, au repos - heureuse ? Et avec lui. Son bonheur n'est pas un évènement, une réaction, une réponse à ce qu'il a fait ou doit continuer à faire s'il souhaite qu'elle reste heureuse, elle ne tourne pas constamment la manivelle, ne remonte pas inlassablement la boîte à musique, danse singe, danse ! Il la rend heureuse, l'a rendue heureuse et, par miracle, elle l'est toujours non ? Elle a la faculté de rester heureuse, avec lui, au fil du temps ?
    Il ignorait que ce fût humainement possible, ou possible pour une femme. 

Merci au forum Livraddict et aux éditions Folio pour la découverte de ce livre.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire