mercredi 1 février 2017

Chemin de fer - Michel Joiret

Chemin de fer, de Michel Joiret

145 pages
Editions Mode Est-Ouest (M.E.O)
Parution : Juillet 2016

4ème de couverture :
    Un circuit sur la moquette : rails, motrice, quatre wagons, la gare, le sifflet… Une enfance comme un voyage perpétuellement fantasmé. Jusqu'à ce que la famille se dédouble, deux chambres en alternance, plus de place pour le circuit et presque plus d'enfance…
    La retraite venue, Valentin Duvalois restaure son rêve : un appartement proche de la gare du Midi, les songeries sur un quai d'où il ne partira jamais, le précieux album des coupons mauves d'autrefois… Les départs et les arrivées des autres accélèrent le passage des jours.
    Roulements des boggies, sourire de la jeune Africaine qui officie au snack, trilles du canari Aristote un présent de son ami Karim, l'épicier de la rue. Puis cette grève des cheminots, pétards le jour, silence la nuit… Et ce wagon éclairé sur une voie latérale. Immobile, improbable.


    La première chose qui surprend lecteur s'est toute la poésie de l'auteur. Michel Joiret sait jouer avec les mots, les phrases, les rythmes, les émotions, ... et nous donne un texte qui nous captive et nous va droit au coeur. J'ai aimé lire ce livre, que je n'ai pas pu lâché avant la fin ; et j'ai aimé en relire de longs passages. Car oui, il m'a été nécessaire de reprendre ma lecture, car je me suis rendue compte que portée par les mots, certains passages de l'histoire ne s'était pas inscrits dans ma mémoire. Mais peut-être parce que c'est un récit très riche, très fourni et musicalement fort bien écrit ?!

     Dans ces pages nous rencontrons Valentin, homme à la retraite habitant près de la gare du Midi. C'est un homme seul, qui l'a toujours été, et dont les journées est rythmée par les arrivées et départs de trains. Il aime à se rêver voyageur, il aime l'ambiance de la gare, et s'il ne s'y rend qu'un jour sur deux, il prépare avec soin sa valise les autres jours. Sait-on jamais, si l'envie lui prenait de franchir le pas et de monter dans un train, autant être préparé ! Et puis faire sa valise n'est-ce pas déjà voyager un petit peu ? N'est-ce pas le moment où l'on imagine sa destination, ce que l'on fera une fois arrivé là-bas, du temps qu'il fera, etc ...

    Mais Valentin ne franchit jamais le pas. Il reste là où il est. Si les gares sont des lieux d'attentes, elles sont avant tout des lieux de mouvements et de départs. Les gens qui circulent sur les quais savent où ils vont, leur esprit est déjà à moitié parti. Mais pour prendre un train, il faut avoir quelque part où aller... ce que Valentin n'a pas. Pourtant seul, il est libre d'aller où bon lui semble, mais pour quoi faire ?

    Karim, l'épicier du quartier, lui a offert un canari, pour rompre la solitude, pour lui donner envie de rentrer chez lui et lui donner le sentiment d'être aimé et attendu. Il est important pour tout Homme de savoir qu'il est attendu quelque part, ne serait-ce que par un oiseau dans un petit appartement ; c'est une destination, un port d'attache.

    Valentin est en partance depuis l'enfance. Tout petit il se réfugiait dans le rêve grâce à son circuit de chemin de fer. Il rêvait de parcourir le monde, d'explorer les gares, de voir défiler des kilomètres de paysage à travers les vitres d'un train. Mais pour lui le rêve s'est brisé le jour où ses parents se sont séparés. Il a ce même jour perdu les repères familiaux et son refuge. Ce train électrique, refuge de son enfance, lui est retiré et relégué à la cave faute de place. Comment survivre, lorsqu'enfant on nous retire la possibilité d'en être un ? Ce n'était pas un geste voulu de sa mère, juste une conséquence d'un manque de place. L'amour des trains n'a pas quitté Valentin, et à défaut de retrouver son circuit dans sa chambre, il a cherché refuge dans les gares. Lignes, heures de départ et d'arrivées n'ont plus de secret pour lui, et n'en auront plus jamais.
    Ce qu'il y a de bien avec les trains, c'est qu'ils sont là, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Fidèles au rendez-vous donnés, ils ne déçoivent jamais.
      Sauf en cas de grèves... hantise absolu de Valentin. Pourtant ne serait-ce pas l'une d'elle qui pourrait lui donner le courage d'un jour franchir le pas ? de dépasser ses limites ? d'enfin oser?

    Ce roman a un petit quelque chose de fascinant, je ne saurais dire si cela vient de l'histoire, du sujet, de la façon dont le récit est construit, de la plume de l'auteur ou de tout cela à la fois. N'hésitez pas à vous plonger dans ce texte, qui saura vous charmé par son originalité et son personnage si attachant.
    Je vous laisse avec quelques extraits :

    A l'école, il cherchait des lieux de solitude pour exsuder sa peine : jardinets, toilettes, lavabos, salle de gymnastique en perpétuelle réfection ... Personne n'avait rien à lui dire et lui avait surtout envie de se taire... A qui parler des grands espaces, du sifflement des locomotives, des gares assoupies brutalement réveillées par le passage d'un expresse ?

    C'est à dix-sept ans que Valentin prit la décision d'inventer sa vie. Faute d'avoir vécu, il lui resterait à s'illustrer à travers les hauts faits d'armes de la mémoire ...
    Par procuration.


    Depuis quelques mois, il ne savait plus comment porter sa solitude : par le bras, comme une compagne des années claires ; à la main, tel un sac à provisions ; sur la tête, comme les paysans d'Anatolie ; au bout des doigts, ainsi qu'on reçoit un faucon dressé, ou même dans le crâne, jusqu'à la migraine qui le prenait par surprise de plus en plus souvent...

    Partir, c'est franchir le pas défendu, se saisir des ailes de l'aigle et s'envoler avec lui !
    Franchir le pas !...

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