mardi 7 février 2017

Un enfant plein d'angoisse et très sage - Stéphane Hoffmann

Un enfant plein d'angoisse et très sage, de Stéphane Hoffmann

263 pages
Editions Albin Michel
Parution : Août 2016

4ème de couverture :
    Dans ce portrait d'une famille où la tendresse passe mal, on croise une chanteuse qui ne veut plus chanter, un Anglais qui n'aime que les chaussettes et la reine, un petit chien bien imprudent et une égoïste qui veut être ministre. On fait des virées à Londres et à Monaco et une traversée du lac Majeur. Il y a encore des blessures d'amour mal guéries et, bousculant tout ce monde, un enfant qui cherche la liberté.
    Stéphane Hoffmann retrouve ici le ton des Autos tamponneuses, des Filles qui dansent et de Château Bougon. Il aime rire des choses graves et nous émouvoir du spectacle souvent pitoyable des grandes personnes. 


    Antoine est un jeune garçon qui vit entre l'internat en Suisse où ces parents l'ont rangés et la maison de sa grand-mère où il passe les vacances, vu que ces parents n'ont pas de temps à lui accorder. Et tout cela va très bien à Antoine. Quitte à ce qu'ils l'oublient, qu'ils l'oublient complètement et lui fiche la paix, car il y a belle lurette qu'il a appris à ne plus compter sur eux. Mais au fond, Antoine, comme tous les petits garçons aimeraient grandir dans une famille unie, où les passion et travail de chacun ne soient pas les priorités, au détriment des autres membres de la famille. A force de vivre dans ce climat froid, distant et égoïste des adultes, il est devenu solitaire, sauvage et distant. Heureusement que Jojo, le petit chien, saura lui montrer que l'amour et la loyauté sont des réalités de la vie, et qu'elles seules peuvent combler un coeur.

    Si je devais qualifier ce livre, je dirais qu'il est étrange. En effet, à peine ma lecture terminée j'ai eu l'impression de ne presque plus me souvenir de l'histoire. Je me suis dis, qu'il devait faire partie de ces livres auxquels le temps donnent de l'éclat, et que petits à petits les choses se mettraient en place dans mon esprit. Et le temps est passé, et je me suis rendue compte que non. Les seules impressions qui me restaient étaient assez vague : une famille où l'on ne sait pas être parent de génération en génération, où la parentalité ne trouve pas sa place dans un monde d'obligations et de contraintes, et où les clefs manquent pour lui en donner une.
    J'ai alors repris la lecture de ce roman, comment se fait-il que ce texte qui m'avait pourtant captivé sur le moment, n'ait pas laissé de traces dans mon esprit ? J'ai repris ma lecture du début, et sans m'en rendre compte j'ai enchainé les pages, les unes après les autres, facilement, avec plaisir, et s'en presque m'en apercevoir j'avais relu les trois quarts du livre. Devant interrompre me lecture, je l'ai laissé de côté jusqu'au soir, et au moment de me replonger dedans, une évidence : ce que j'avais lu ne m'avait pas marquée, je ne me souvenais plus vraiment de ce que j'avais lu. Pourtant si je relisais quelques pages, je les appréciais, mais c'est comme si les mots à peine lus, s'envolaient. Ce phénomène m'a quelque peu troublée.
   Ce n'est que le lendemain en posant des mots sur le papier, en re-parcourant le livre rapidement, en piochant une page par-ci une page par-là, que j'ai compris.
    Stéphane Hoffmann a réalisé dans ce roman un joli tour de force littéraire. Si l'on reprend les personnages un à un : Baladine, Antoine, Germain, Maggy, Rudyard, Philippe, aucun d'eux ne laisse les autres entrer dans sa vie. Ce sont tous les personnages froids, distants, ils se frôlent, se heurtent, mais jamais ne se plonge tout entier dans des échanges sincères et authentiques. Et nous lecteur, ils ne nous laissent pas plus entrer dans leur vie. Ils sont étrangers aux autres, et nous sommes un des ces autres. Nous lisons leur histoire comme nous surprendrions une conversation dans un bus où lors d'une soirée : nous n'en connaissons pas ou alors vaguement les protagonistes, leur histoire ne intéresse pas plus que ça, nous ne les reverrons sans doute jamais et ce qui leur arrive ne changera rien à notre vie ; c'est à peine si nous nous donnons la peine d'émettre un avis sur l'anecdote.
    C'est vraiment habile de la part de Stéphane Hoffmann d'avoir sur communiquer ce sentiment au lecteur, d'avoir si bien rendu cette distance et froideur des personnages. C'est une belle prise de risque qui est à saluer, d'autant plus que c'était un défi à double tranchant : le livre ne laisse du coup qu'un vague souvenir au lecteur, juste une émotion, ce qui peut vite le faire oublier ; mais ce sentiment de vague, d'oubli, peut aussi être un fabuleux moteur de curiosité : "pourquoi ce livre ne m'a-t-il pas plus marquer alors que j'ai pris plaisir à le lire ?", "pourquoi n'en ai-je rien garder ?", et cela peut donner envie de le relire plusieurs fois.
    Mais au fond est-ce gênant de ne pas se rappeler les noms des personnages, leurs vies et leurs défauts ? Cette vague impression, ce vague souvenir du livre n'est-ce pas l'essentiel du livre ? L'auteur ne nous aurait-il pas ainsi délivrer l'essence même du sujet sans alourdir notre esprit ?
    Je crois que ce livre est une expérience littéraire, et que comme toutes les expériences elle apportera quelque chose à celui qui la tentera. 

    De ce qu'elle a vue dès son enfance, Baladine conclut que l'amour, tel qu'on l'entend généralement, n'est qu'un sous-produit. L'amour, faute de mieux : un élan pour sécréter des hormones que l'on trouve aussi bien et plus dans l'exercice d'une passion. L'amour, surcoté par la société par les besoins de la société. Aimez-vous, nous avons des poussettes à vous vendre. 

    Par expérience, je sais que les adultes se font un monde de tout. Les adultes, c'est tout fragile. Et moi, je suis du genre coriace.

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