jeudi 23 janvier 2014

A jamais et de tout temps - Charlotte Boyer

A jamais et de tout temps, de Charlotte Boyer

Environ 50 pages
Editions L'ivre-Book
Parution : décembre 2013

Présentation de l'éditeur :
Chaque personne est unique. Mais tout le monde a une quête : l'amour, la vengeance ou le bonheur tout simplement. Cette quête nous fait nous sentir vivants. Suivez une femme au cœur brisé assoiffée de vengeance, un sans-abri qui nous regarde nous débattre avec nos craintes ou un enfant qui sait qu'il y a toujours quelqu'un pour nous aider.

Les hommes et les femmes courent toujours après quelque chose et cela continuera, à jamais et de tout temps.

Avec une écriture soignée et agréable à suivre, Charlotte Boyer nous dépeint des tranches de vie magiques et tragiques.

    J'ai reçu ce petit livre en partenariat avec les éditions L'ivre-Book et le forum Have a break, have a book, et je les en remercie.


     C’est un court recueil composé de 4 nouvelles et un poème. La dernière nouvelle est en réalité une suite à la première. Et j’avoue avoir eu du mal avec cette reprise du personnage ainsi, alors que l’entre-deux n’a rien à voir.

     Dans première nouvelle :  A toi de voir, l’auteur nous annonce 5 actes, on peut donc imaginer un récit construit à la matière des pièces de théâtre, avec un suspens qui monte et un dénouement au denier acte.
     L’acte I s’ouvre sur cette jeune fille dont le désespoir vire à la rancœur, appuyée par le terme « salie » : « je connus un sentiment atroce : celui de se sentir salie ». C’est en quelque chose l’élément déclencheur de l’errance de cette femme, qui nous est relaté dans l’acte II. Son errance est intéressante car elle lui permet de prendre conscience qu’elle voit le monde autour d’elle en fonction de ses émotions. Elle a cette sensation qu’à la fois il lui manque quelque chose, mais que dans le même temps elle a quelque chose en trop qui l’encombre et la gêne. C'est une errance sans but, où les habitudes finissent par reprendre le dessus. Ses pieds l’ont guidée vers la maison de son ex, et l’acte III est celui du face à face, un face à face qui dérape : les corps se retrouvent de façon instinctive, alors que l’esprit, lui, sait que se sera la dernière fois ; vaine et sans issue. Il y a une idée de la satisfaction d’accomplissement total, mais ce n’est qu’une façade, car de simples mots comme « au revoir » vont tout faire basculer. Ils réveillent la douleur et la colère accumulées, ils la transpercent jusqu’à l’âme, et lui font commettre l’irréparable dans un ultime geste de délivrance.  L’acte IV s’ouvre sur un manque total de regrets. La femme sombre-t-elle dans la folie ? Elle a ce sentiment d’être à la fois pleinement accomplie et d’être morte à l’intérieur. Le geste n’était pas prémédité, mais il fut le meilleur exutoire à sa douleur, la seule façon de briser sa souffrance définitivement.
      Et l’on en vient donc à l’acte V qui pour moi n’en ai pas un, c’est vaguement un épilogue où l’auteur prend la parole ; une réflexion sur le monde qui n’est pas réellement lié à l’histoire qui vient de se dérouler sous nos yeux.
     Pour moi ce découpage en actes est maladroit, car on ne retrouve pas les points d’appuis, la suite logique que l’on attend d’un texte découpé ainsi.
      Par contre la folie de cette femme se traduit plutôt bien dans l’écriture : par le rythme qui augmente, avec un manque de précisions au fur et à mesure que les éléments s’enchaînent, les sentiments sont décrits de façon de plus en plus confuse.
      Mais je regrette que l’auteur n’en dise pas plus sur la trahison de cet homme, car en l’état des choses, on ne sait rien des liens entre eux, les indices donnés se contredisent, on ne peut donner d’âge aux personnages. C’est flou et assez brouillon pour le lecteur. Il en devient difficile de prendre toute la mesure du désespoir et de la détresse.
     Un découpage plus simple, avec de simple sauts de paragraphes aurait davantage mis en valeur ce texte, qui pour moi se trouve paralysé dans un cadre trop strict.

    La seconde nouvelle : Soleil paradisiaque, est l’histoire d’un sdf qui observe les gens autour de lui, dans le métro. Son attention se fixe d’abord sur un homme, puis sur une femme, belle comme un rayon de soleil. Il apprécie de la regarder, mais le fait de façon discrète. Il la suit un petit peu dans les couloirs du métro, sans arrières pensées, juste pour le plaisir dey yeux, pour essayer de comprendre qui elle est. Il verra un autre homme s’approcher d’elle et la menacer, elle s’enfuit, l’autre homme la suit. Que doit-il faire ? se mettre à courir à leur suite ? au risque de l’effrayer davantage si elle se sent suivie par deux hommes au lieu d’un seul ? S’il la suit, c’est lui que l’on accusera, car il est sdf, il n’est personne, il n’est plus de ce monde. Alors que faire ? Laisser faire ce monde qui tourne sans lui ? dans lequel il n’a pas de place ?
    L’écriture de cette nouvelle est très intéressante, car elle est vive, précise, sans falbalas. Les personnages sont décrits de façon simple, ce pourrait être vous ou moi à la place de cet homme ou de cette femme. On imagine facilement les personnages et pose facilement le décor.
     C’est la nouvelle qui j’ai le plus aimée pour son écriture et pour les réflexions qu’elle engendre. Et c’est aussi pour moi la plus aboutie de ce recueil.

     La troisième nouvelle, Pour cette fois, émet une hypothèse de départ : et si la fin de l’humanité était provoquée directement par celle-ci ?
     Pour l’écrire l’auteur est partie sur deux bases existantes. Elle a d’abord repris l’idée de ces textes où un Dieu omniscient observe la Terre et se demande se qu’il doit faire de l’humanité, un classique du genre. Mais elle le détourne, ne prenant pas de position « religieuse » se sera donc la Terre elle-même qui va se regarder et se poser la question de l’occupation de sa surface par les hommes.
Ensuite elle est partie sur la base de ces petites historiettes, souvent drôles : « C’est l’histoire d’un français, d’un africain et d’un américain ».
     Vous l’avez compris la Terre va se pencher sur chacun de ces trois humains pour savoir si elle doit encore donner une chance à l’humanité. Certes ce n’est pas gagné d’avance, car l’humain n’est pas très doué pour se sauver lui-même, mais par bonheur il existe les enfants, et ces derniers ont une petit chance de faire quelque chose pour nous.
     Si je trouve l’idée de départ originale, il y a quelques choses qui m’a gênée. Dans la l’écriture et la composition de cette nouvelle, pour moi il y a quelques choses qui ne fonctionne pas. Peut-être est-ce sa brièveté, son manque de précisions ? Je ne saurais vraiment le dire, mais c’est mon sentiment après lecture.

     La quatrième et dernière nouvelle : Déjà vu, qui est la suite de la première, c’est ce qu’annonce l’auteur en tout cas. La femme est sortie de prison après deux ans, elle ne regrette absolument pas ce qu’elle a fait.
Je n’ai pas grand-chose à dire de ce texte, car je ne pourrais que le spoiler en détaillant et ensuite parce que je n’ai pas saisi le sens que voulait lui donner l’auteur. Je suis face à une incompréhension totale vis-à-vis de cette seconde partie, qui est toujours confuse par l’absence de plus amples explications sur les personnages de la première nouvelle et de leur relation. La réaction de la femme m’échappe et le comportement de la sœur, fait cliché romanesque. Donc même après plusieurs relectures, je ne vois pas où l’auteur a voulu en venir. Je vous laisserai donc le soin de m’éclairer, si pour vous c’est plus limpide.

    Le recueil se termine sur un poème, joliment écrit, qui reprend un peu l’idée qu’à voulu transmettre Charlotte Boyer à travers ses textes.

     J’ai une impression mitigée après la lecture de ce recueil, mais je vous invite à le lire afin de vous forgez votre propre opinion, et n’hésitez pas à venir en discuter.

     " La gare ! Cette idée me glaça tout en me rassurant ! C'était là que je devais aller si je voulais voir l'Amour se fendre et se meurtrir. A l'heure qu'il était, je ne pouvais y trouver que des couples se disant "Au revoir". Personne n'allait y rejoindre sa prétendue âme sœur." 

      "La Terre l'a bien compris : les Hommes sont des êtres décevants. Pourtant il fut un temps où elle les aimait. Ils étaient si drôles ! Oui, ils cherchaient un moyen d'évoluer, mais en même temps, se plaisaient de leur condition."

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