lundi 16 octobre 2017

C'est lundi que lisez-vous ? [94]

"C'est lundi ! Que lisez-vous?" C'est une idée originale créé par Mallou, maintenant coordonnée par Galleane.
On répond comme chaque Lundi à trois petites questions :

1. Qu'ai-je lu la semaine passée ? 2. Que suis-je en train de lire en ce moment? 3. Que vais-je lire ensuite ?


Ce que j'ai lu cette semaine : 
    
Du 9 au 15 octobre 2017
Encore une jolie semaine de lecture que j'ai adoré commencer en compagnie de Chantal Thomass qui se livre à nous comme elle le fait petit à petit avec sa petite-fille. Totto-Chan fut une lecture agréable mais que je n'ai finalement pu comprendre et apprécier réellement qu'après avoir lu la postface ce que j'ai trouvé un peu dommage. Et j'ai fini mon dimanche avec le Bal qui dans sa simplicité, est incisive et touchant. 

- Sens dessus dessous, de Chantal Thomass
- Totto-Chan, la petite fille à la fenêtre, de Tetsuko Kuroyanagi
- Le Bal, de Irène Némirovsky



Ce que je suis en train de lire : 
 
Une fois n'est pas coutume, mais à l'heure où j'écris ces mots je n'ai pas encore commencé de nouvelles lectures et ne sais pas encore dans quelle histoire je vais avoir envie de me plonger dans la soirée.
Bien sûr, comme je vous l'ai dis sur instagram, je poursuis toujours chapitre après chapitre ma lecture de l'essai : Une histoire de la lecture, de Alberto Manguel, qui se révèle passionnant.



  Mes prochaines lectures
Dans ma Pile à Lire, il y a encore deux livres roses, du théâtre, de la littérature classique, et encore milles autres pépites que je brûle de découvrir et dans lesquels je me plongerai au fil de mes envies !


Et vous que lisez-vous ?
Belle semaine livresque !

jeudi 12 octobre 2017

Le mal des ardents - Frédéric Aribit

Le mal des ardents, de Frédéric Aribit

240 pages
Editions Belfond
Parution : 17 août 2017

Présentation de l'éditeur :
    Entretenir le feu sacré sous peine d'être enterré vivant. On ne rencontre pas l'art personnifié tous les jours.
     Elle est violoncelliste, elle dessine, elle peint, fait de la photo. Elle s'appelle Lou. Lorsqu'il tombe sur elle, par hasard, à Paris, c'est sa vie entière de prof de lettres désenchanté qui bascule et, subjugué par ses errances, ses fulgurances, il se lance à la poursuite de ce qu'elle incarne, comme une incandescence portée à ses limites.
     Mais le merveilleux devient étrange, et l'étrange inquiétant : Lou ne dort plus, se gratte beaucoup, semble en proie à de brusques accès de folie. Un soir, prise de convulsions terribles, elle est conduite à l'hôpital où elle plonge dans un incompréhensible coma. Le diagnostic, sidérant, mène à la boulangerie où elle achète son pain.
     Quel est donc ce mystérieux " mal des ardents " qu'on croyait disparu ? Quel est ce " feu sacré " qui consume l'être dans une urgence absolue ?
     Il va l'apprendre par contagion. Apprendre enfin, grâce à Lou, ce qu'est cette fièvre qui ne cesse de brûler, et qui s'appelle l'art. 


    Ce livre c'est l'histoire d'une folle passion, de ces histoires d'amour qui vous surprennent un jour dans la banalité de votre quotidien et qui vous emmène dans leur tourbillon, très loin de vos habitudes. Mais c'est aussi une très intéressante étude sur l'ergot du seigle et sa présence à travers toute l'Histoire de l'humanité.

    Lou est une jeune femme vivante, vibrante et amoureuse de la vie. Elle s'investit totalement dans chacune des actions qu'elle fait, transformant sa vie en véritable tourbillon de plaisir, de bonheur et de folie. Quand elle croise la route de notre narrateur, professeur de lycée qui s'ennuie dans la banalité de sa vie, elle va le réveiller à la vie. D'une première brève rencontre elle va le faire réfléchir sur sa vie, et lorsqu'ils se recroiseront peu de temps après, il ne pourra résister à suivre ce feu follet dans les rues de Paris.
    Lou ressent comme une urgence à vivre, à croquer tous les plaisirs de la vie sans se soucier des conventions et du quand dira-t-on. Il ne sera pas toujours facile pour lui de la suivre, mais l'amour l'emporte, l'aveugle et l'entraine malgré lui dans cette grande aventure pleine d'amour et de passion.
     Avec eux nous parcourons l'art de la musique et de la peinture, comme vecteurs de vibrations intérieurs et sources de plaisir. Lou a des idées sur tout, et ce caractère passionné nous offre des réflexions très juste sur ces deux modes d'expression, invitant le lecteur à voir au-delà des conventions communément admises et à oser se plonger dans ses émotions intérieures.

    Mais cela ne va durer qu'un temps. Lou est-elle réellement elle-même ou agit-elle sous l'emprise de la folie de sa maladie ? Ou celle-ci ne fait-elle qu'exacerber sa nature profonde ? On pencherait plus pour la seconde, car notre homme, pourtant sain, se laisse gagner par la douce folie de sa compagne, se désinhibant à son contact.

    La relation des deux personnages est passionnante et envoutante. On prend un réel plaisir à les suivre dans cette folle aventure, nous demandons sans cesse jusqu'où ils iront, jusqu'où Lou l'entrainera-t-elle ? Le lecteur se surprend parfois à rêver de pouvoir ainsi pimenter sa vie, avec autant de joie et de liberté... cela ne tient qu'à lui, nous murmure Lou à l'oreille tout au long de notre lecture.

    J'ai aimé que cette histoire soit enrichie de celle de cette maladie qu'est l'ergot du seigle  qui a traversé les siècles sans avoir été identifiée comme telle pendant longtemps. Ce champignon qui se développe sur le germe des céréales, notamment du blé et du seigle, n'a été identifié que tout récemment au regard de l'Histoire de l'Humanité, et il a fait des ravages pendant des millénaires sur des populations dont l'alimentation première était le pain, justement composé de ces céréales.
     Aujourd'hui les récoltes sont vérifiées avec soin et rares sont les cas de maladie qui se déclarent, et si cela arrive, que le diagnostique est rapidement mis en place, les services de santé publique mettent tout en œuvre pour limiter la contagion. Mais il n'en était pas de même quand la famille cultivait et mangeait son propre grain...
     Frédéric Aribit parcours l'Histoire de l'humanité, mettant en lumière des épidémies que l'on doit vraisemblablement à ce champignon et qui plusieurs fois ont changé la face du monde.

     Ce livre nous rappelle à quel point notre vie est fragile et comment un minuscule champignon que l'on perçoit à peine à l'oeil nu peut l'anéantir en peu de temps. Il nous rappelle que la vie est trop courte pour qu'on la laisse devenir banale et qu'il faut la vivre à 100%, se laissant la possibilité de s'évader des conventions et des carcans de la société pour parfois mieux en apprécier la saveur.

     Frédéric Aribit nous livre là un roman qui fait du bien, qui se laisse dévorer et nous donne envie de croquer la vie à pleine dents. Il a su avec succès mêlé les deux histoires la Grande et la personnelle avec simplicité et brio, ce qui fait qu'elles se nourrissent l'une l'autre sans gêner le moins du monde notre lecture, mais au contraire en nous passionnant de plus en plus pour les deux au fil des pages.

    C'est une superbe ode à la Vie et à l'Amour. Que je vous conseille de lire. C'est un texte avec lequel vous ne sauriez vous ennuyer tellement il est riche de connaissances, d'histoire, d'amour, de rêve et de bienveillance.

   La musique, c'était une question d'heure, de rendez-vous avec soi-même.

   Quelque chose qui avait aussi affecté mon travail, mon rapport aux livres et s'était propagé dans ma qualité d'écoute de ma musique, dans le regard que je portais sur l'art. Car ce qui, dans mes lectures, n'était avant elle qu'un alignement de mots dignes d'un intérêt intellectuel variable, ce qui n'était qu'une enveloppe sonore dans mon casque apte, au pire à me désennuyer un peu, au mieux à m'arracher un moment de la fadeur du monde, qu'un assemblage esthétique de formes et de couleurs sur une toile, prenait un relief nouveau, trouvait une puissance, une force inédites, une crudité féroce qui me sidérait et m'effrayait à la fois.

    Ex-ister c'est, littéralement, sortir de soi. Être hors de soi.
    On ne vit jamais que hors de soi. Est-ce cela, Lou, que sans le savoir toi-même, tu me disais pourtant ?

    Sommeil et silence, rien n'était plus difficile et plus beau que cet échange-là. Rien n'exigeait davantage que l'abandon à l'autre que de lui offrir son sommeil et son silence. Se taire ensemble ce qui peut être aussi un don absolu. Un acquiescement total à l'autre.

    J'ai attrapé mon exemplaire vieilli et dans mon lit, à la seule lumière de la veilleuse, je me suis replongé dans cette histoire écrite en 1953 et que je me rappelais à peine avoir déjà lue. Je voulais voir si elle me dirait quelque chose de Lou, si elle me parlerait d'elle, de moi. Peut-être n'aimons-nous jamais que les livres qui parlent de nous. Ceux qui nous permettent de devenir nous-même, tout en nous empêchant de n'être que cela.

mardi 10 octobre 2017

Mini-challenge Octobre Rose

 

Coucou !

Je vous retrouve aujourd'hui pour vous proposer un mini-challenge livresque pour le mois d'octobre.
J'espère qu'il vous plaira et que vous serez nombreux à participer !


Le hashtag du challenge #challengeoctobrerose

Challenge du 10 octobre au 10 novembre 2017
Lire de 1 à 3 livres (ou plus si vous le souhaitez) à la couverture Rose.  

*********

Mes lectures pour ce challenge :


 - A moins d'aimer, de Véronique Fiszman
- Mariage Mania, de Darcy Cosper
- Totto-Chan, la petite fille à la fenêtre, de Tetsuko Kuroyanagi

Et vous qu'allez-vous lire en ce joli mois d'octobre ?


lundi 9 octobre 2017

C'est lundi que lisez-vous ? [93]

"C'est lundi ! Que lisez-vous?" C'est une idée originale créé par Mallou, maintenant coordonnée par Galleane.
On répond comme chaque Lundi à trois petites questions :

1. Qu'ai-je lu la semaine passée ? 2. Que suis-je en train de lire en ce moment? 3. Que vais-je lire ensuite ?


Ce que j'ai lu cette semaine : 
    
Du 2 au 8 octobre 2017

Avant de vous parler de mes lectures de cette semaine, je voulais vous parler d'un énorme projet que j'avais et qui a vu le jour cette semaine : un blog dédié aux albums jeunesse. En effet à la maison, nous en lisons beaucoup mais je ne trouvais pas pertinent d'en parler ici où il est plus question de littérature adulte, même si je vous parle de livres jeunesse pour jeune lecteur débutant.
Donc voilà, depuis la semaine dernière, un nouveau rendez-vous est instauré sur ma chaine : Les Albums de la semaine, que vous pourrez retrouver plus en détail sur 1001 Albums Jeunesse. N'hésitez pas à y faire un tour et à y laisser votre avis :)

Pour en revenir à mes lectures, j'ai commencé la semaine avec Le Passeur, une lecture assez perturbante je dois dire, dont j'ai encore du mal à parler : difficile de voir tous les codes de notre société volé en éclats et remis en question.
Je me suis enfin offert la session Cyrano que je repoussais depuis des mois, en lisant la pièce de théâtre d'Edmond Rostand et deux autres livres tournant autour de la pièce : Edmond et Cyrano de Boudou. Très différents mais tous les deux passionnants et agréables à lire. Prochaine étape : lire un ou deux ouvrage de Hercule Savinien de Cyrano de Bergerac lui-même !
J'ai entrecoupé cette série Cyranesque, d'un roman de Romain Monnery pour changer de style et d'univers afin de mieux y replonger. Une lecture également très agréable.
*



*
 - Le passeur, de Lois Lowry
- Cyrano de Bergerac, de Edmond Rostand
- Edmond, de Alexis Michalik
- Seul, libre et assoupi, de Romain Monnery
- Cyrano de Boudou, de Damien Luce

Ce que je suis en train de lire : 
 
Avant de partir à la découverte des œuvres originales de Cyrano, j'ai eu envie de m'accorder une pause et de lire l'autobiographie de Chantal Thomass qui vient de paraître. Je me rends compte que j'aime de plus en plus lire des biographies et autobiographies, car elles sont toujours riches d'expériences et très instructives. Et puis soyons honnête : le mode de la mode est fascinant !


Présentation de l'éditeur :
    L'autobiographie de l'une des plus grandes icônes du glamour français.
     Une plongée inédite au cœur de l'intimité d'une femme libre qui dévoile pour la première fois son parcours professionnel mais aussi sa vie privée d'épouse et de mère.

    C'est l'histoire d'une jeune fille de banlieue qui rêve d'une autre vie que celle de ses parents. Une jeune fille timide et complexée qui ne sourit pas, ne parle pas et n'existe vraiment que lorsqu'elle sort vêtue de ses créations extravagantes, confectionnées par sa mère couturière.
     Avec Bruce Thomass, le garçon qu'elle rencontre à l'âge de 15 ans, son futur mari et associé pendant vingt-cinq ans, elle va briser les codes pour s'imposer dans un monde de la mode largement masculin. Avec ses meilleurs amis comme Thierry Mugler, Jean-Charles de Castelbajac ou Kenzo, elle va vivre la folie des défilés et des années Palace, l'hécatombe des années sida, et va se faire un nom.
     Une femme libre et sans compromis qui a gagné de nombreuses batailles et en a perdu beaucoup.... Après l'évincement de sa propre marque par ses actionnaires japonais, Chantal Thomass va reconquérir son nom, sa place dans l'univers de la mode où elle deviendra l'icône française des dessous chics.



  Mes prochaines lectures
Probablement un des livres correspondant au petit challenge que je vais vous proposer sur ma chaine et ici demain ;)


Et vous que lisez-vous ?
Bonne semaine livresque !

samedi 7 octobre 2017

Je suis Jeanne Hébuterne - Olivia Elkaim

Je suis Jeanne Hébuterne, de Olivia Elkaim

248 pages
Editions Stock, Collection La Bleue
Parution : 23 août 2017

Présentation de l'éditeur :
    Jeanne Hébuterne est une jeune fille quand, en 1916, elle rencontre Amedeo Modigliani. De quinze ans son aîné, il est un artiste «  maudit  », vivant dans la misère, à Montparnasse. Elle veut s’émanciper de ses parents et de son frère, et devenir peintre elle aussi. Ils tombent fous amoureux. De Paris à Nice - où ils fuient les combats de la Première Guerre mondiale –, ils bravent les bonnes mœurs et les interdits familiaux. Mais leur amour incandescent les conduit aux confins de la folie. 



     Jeanne Hébuterne, ce nom ne vous dit sans doute rien... Mais si je vous montre ces trois tableaux :
   

 ils ne vous sont pas inconnus. Vous les avez déjà aperçu sur une couverture de roman, dans un livre scolaire ou je ne sais où. Ce sont trois tableaux, parmi de nombreux autres sur le même sujet, peint par Amedeo Modigliani qui représente Jeanne Hébuterne, la femme avec laquelle il a fini sa vie.

    Si je vous dis Camille Claudel, tout de suite cela vous évoque la femme artiste blessée, la passion, la muse d'un artiste qui ne finit pas vraiment bien ... Sans connaître l'histoire dans les détails, vous en avez une vague idée et son nom vous est connu. Pourquoi Camille Claudel a-t-elle su traversé les décennies sans que son nom soit oublié alors que celui de Jeanne s'est complètement plongé dans l'oubli ?

    Jeanne Hébuterne était une jeune fille parisienne d'origine bourgeoise qui aimait l'art. Encouragée par son frère elle s'inscrit à l'Académie Colarossi à Paris. C'est là-bas qu'elle fera la connaissance d'Amedeo Modigliani, qui sera son Grand Amour. Jeune fille au tempérament fougueux, elle plonge tête baissée dans cette folle passion, quitte à rompre avec sa famille. Elle qui avait vécu dans un appartement confortable où, sans rouler sur l'or, elle n'avait manqué de rien, se trouve plongée dans une misère noire, que seul leur amour compense. A cette époque Modigliani n'est pas encore reconnu comme un grand peintre, ses toiles se vendent mal, mais il peut heureusement compter sur un galeriste qui croit en lui.
    Au côté de celui qu'elle considère comme un grand génie de la peinture, Jeanne Hébuterne s'aveugle de son amour et laisse tomber ses pinceaux et crayons. Elle n'est plus que le modèle et la compagne de l'artiste. Un statut peu enviable en réalité, mais quand on aime ...
    La vie de cette jeune femme est à la fois magnifique et tragique. Elle ne dépassera pas son vingt-deuxième anniversaire, ce qui est bien court pour une vie. Au mieux peut-on se consoler en se disant qu'elle a vécu totalement sa passion pour Modigliani, sans concessions ni compromis et qu'un tel amour peut remplir une vie ?
    Mais il est triste de lire cette vie, de voir cette jeune femme pleine de vie, de rêves et d'assurance, s'étioler comme une plante qui manque de soleil. Et l'on ne peut que verser quelques larmes sur les dernières pages de ce récit.

    La plume d'Olivia Elkaim est très douce, très agréable à lire, mais également incisive. On sent la Femme derrière l'auteur qui parfois enrage contre cet homme qui laisse sa femme et son fils vivre dans une telle misère avec autant d'insouciance. On sent le lion rugir contre cette domination masculine de l'époque. On sent qu'elle aurait aimé pouvoir écrire une autre fin ; une fin où Jeanne peint et devient célèbre non comme modèle mais comme artiste à part entière ; une fin sans charrette avec de la compréhension, de la liberté et des pardons ... tout ce que Jeanne n'a pas eu.
    Pourtant à chaque instant elle a su trouver le juste milieu pour ne pas trop s'impliquer dans le récit, pour lui donner un ton assez neutre, comme un journaliste énumérant des faits sans y prendre part, laissant ainsi le lecteur fasse à ses opinions, mais surtout à ces émotions. Il n'est pas aisé de raconter une vie, encore moins lorsqu'il s'agit de celle de quelqu'un ayant réellement exister. A travers ce texte, Olivia Elkaim rend un bel hommage à cette jeune fille tombée dans l'oubli et lui offre son chant du cygne.

    Jeanne, Camille, combien de femmes à cette époque, (et encore maintenant) ont tout sacrifié pour leur compagnon artiste ? Comme si dans un couple il ne pouvait il y avoir de la place que pour un seul talent devant lequel l'autre est prié de s'effacer ? Alors que c'est ce talent-même, celui que l'on bride et réduit au silence, qui a séduit l'autre ? Pourquoi est-ce toujours celui de l'homme qui prend le pas sur celui de la femme même s'il n'est pas le meilleur des deux ?

    Jeanne a laissé peu d’œuvres, mais je vous laisse en apprécier quelques unes : deux autoportraits dans ces tons de bleus qu'elle aimait tant, une toile nommée Death et une nature morte.


     C'est une biographie qui se lit comme un roman et que je vous conseille si le monde bohème des artistes du début du siècle dernier vous intrigue, que vous aimez la peinture et/ou les histoires d'amour passionnel.

    Hier soir, j'ai prétexté la fatigue pour me retirer dans la chambre. Je me suis couchée, tête posée sur l'écharpe d'Amedeo Modigliani.
    J'ai fermé les yeux pour revivre la scène, et tout m'est revenu avec l'exactitude d'une amoureuse.

    C'était délicieux.
    C'était réeel.
    J'ai enfoncé mon nez dans la laine et prononcé son nom, comme si je pouvais le convoquer près de moi, dans ma chambre de jeune fille.

    J'aime la tranquilité, redoute l'inconstance des sentiments. Non que je l'aie expérimentée à mes dépens, mais je l'ai lue dans les romans. Les tocades, les soubresauts des longues passions, ce n'est pas pour moi.

    Combien de fois l'ai-je déjà croisé à l'académie sans le voir ? Et pour quelle raison cet homme, dont j'ignorais l'existence, semble soudain essentiel à ma vie ?

    - Mes toiles, elles doivent réveiller votre oeil mort. Peu importe la vraisemblance. Inutile de vouloir décalquer le modèle comme une pauvre photographie. La photographie, ça ne vaut rien. Zéro.

    Tu m'écoutais autrefois. Tu ne m'écoutes plus. Tu te trompes de vie, Jeanne.

lundi 2 octobre 2017

C'est lundi que lisez-vous ? [92]

"C'est lundi ! Que lisez-vous?" C'est une idée originale créé par Mallou, maintenant coordonnée par Galleane.
On répond comme chaque Lundi à trois petites questions :

1. Qu'ai-je lu la semaine passée ? 2. Que suis-je en train de lire en ce moment? 3. Que vais-je lire ensuite ?


Ce que j'ai lu cette semaine : 
    
Du 25 septembre au 1er octobre 2017
Encore une belle semaine de lecture. J'ai enfin fini Tous nos contretemps (dont le titre ne me semble pas très bien traduit), ce fut une lecture complètement hors de ma zone de confort habituelle et j'ai beaucoup aimé. C'est par la pièce de théâtre Célibataires que j'ai découvert David Foenkinos ; j'en ai profiter pour sortir un autre de ses volumes de ma Pal. Par contre si la plume de l'auteur m'a plu, j'ai  été moins convaincue par cette seconde histoire.
Je me suis régalée avec ce petit recueil de texte qu'est Le goût de la Lecture, ce fut un vrai voyage à travers la littérature avec une belle construction de l'ouvrage.
http://www.lalecturienne.com/2017/09/tous-nos-contretemps-elan-mastai.html*

*

 - Tous nos contretemps, de Elan Mastaï
- Célibataires, de David Foenkinos
- Le goût de la lecture
- Les souvenirs, de David Foenkinos

Ce que je suis en train de lire : 
 
A peine est-il arrivé dans ma bibliothèque que j'ai eu envie de découvrir ce roman qui a tant fait parler de lui sur la toile. J'avoue que ce monde étrange a quelque peu perturbé ma nuit, mais j'ai hâte de connaître le fin mot de cette histoire.
Présentation de l'éditeur :
   Dans le monde où vit Jonas, la guerre, la pauvreté, le chômage, le divorce n existent pas. Les inégalités n existent pas. La désobéissance et la révolte n existent pas. L harmonie règne dans les cellules familiales constituées avec soin par le comité des sages. Les personnes trop âgées, ainsi que les nouveaux-nés inaptes sont « élargis », personne ne sait exactement ce que cela veut dire.
      Dans la communauté, une seule personne détient véritablement le savoir : c est le dépositaire de la mémoire. Lui seul sait comment était le monde, des générations plus tôt, quand il y avait encore des animaux, quand l'œil humain pouvait encore voir les couleurs, quand les gens tombaient amoureux.
    Dans quelques jours, Jonas aura douze ans. Au cours d une grande cérémonie, il se verra attribuer, comme tous les enfants de son âge, sa future fonction dans la communauté. Jonas ne sait pas encore qu il est unique. Un destin extraordinaire l attend. Un destin qui peut le détruire.



  Mes prochaines lectures

Il y a tellement de choses qui me font envie, que je choisirai sur le moment :)

Et vous que lisez-vous ?
Belle semaine livresque à toutes et tous !

vendredi 29 septembre 2017

Tous nos contretemps - Elan Mastai

Tous nos contretemps, de Elan Mastai

411 pages
Editions Bragelonne
Parution : 20 septembre 2017
Traduction de Jean Bonnefoy

Présentation de l'éditeur :

jeudi 28 septembre 2017

Les p'tits nouveaux dans ma bibliothèque [12]


Avec un petit peu de retard, je vous présente les livres qui ont rejoint ma bibliothèque au début de l'été. 


Un petit craquage placé sous le signe de l'une de mes maisons d'édition préférée : Mercure de France,
mais pas que !

Avez-vous lu certains de ces livres ? Certains vous tentent-ils ?

lundi 25 septembre 2017

C'est lundi que lisez-vous ? [91]

"C'est lundi ! Que lisez-vous?" C'est une idée originale créé par Mallou, maintenant coordonnée par Galleane.
On répond comme chaque Lundi à trois petites questions :

1. Qu'ai-je lu la semaine passée ? 2. Que suis-je en train de lire en ce moment? 3. Que vais-je lire ensuite ?


Ce que j'ai lu cette semaine : 
    
Du 18 au 24 septembre 2017
Une semaine de lectures variées et toutes aussi prenantes les unes que les autres. J'ai beaucoup apprécié Le mal des ardents, de Frédéric Aribit ; à la fois documentaire et roman.
Puis j'ai dévoré le temps d'une soirée Je suis en bois, de Giulia Carcasi, une livre touchant d'une mère essayant de comprendre sa fille ; mon seul regret : ne pas l'avoir lu en VO, la poésie de la langue italienne devant merveilleusement compléter la plume poétique de l'auteur.
Il ne m'a fallu également qu'une soirée pour engloutir ce roman jeunesse Trop parfaite !, de Gigliola Alvisi, (une autre auteur italienne) ; une lecture riche, pleine de réflexion et de rebondissements, mais qui m'a laissé une certaine dose de scepticisme quant à l'ensemble.
Je vous reparle de ces lectures très vite plus en détails.


- Le mal des ardents, de Frédéric Aribit
- Je suis en bois, de Giulia Carcasi
- Trop parfaite !, de Gigliola Alvisi

Ce que je suis en train de lire : 
 
Je suis plongée dans Tous nos contretemps, de Elan Mastai, un livre complètement hors de mes habitudes de lecture, ce qui fait du bien. Par contre, il faut bien reconnaître que le narrateur n'est pas toujours facile à suivre et que j'avance relativement doucement dans ma lecture.4

Présentation de l'éditeur :
    Dans le monde de Tom Barren la technologie a mis fin aux maux de l’humanité : il n’y a plus ni guerre, ni pauvreté et les avocats sont toujours mûrs à point. Mais Tom n’est pas heureux. Il a perdu la fille de ses rêves. Et que fait-on quand on a le cœur brisé et qu’on dispose d’une machine à voyager dans le temps ? Une connerie monumentale.
    Tom est désormais piégé dans un monde terrifiant… qui n’est autre que notre époque, et cherche désespérément à réparer son erreur et à rentrer chez lui. Jusqu’à ce qu’il découvre les autres versions de sa famille, de sa carrière et de la femme de sa vie, qui se révèlent plus plaisantes.
    Terrible dilemme : Tom doit-il revenir à son existence parfaite mais solitaire, ou bien rester dans notre réalité chaotique auprès de son âme sœur ?

 


  Mes prochaines lectures
Contemporain, jeunesse ou classique, je ne suis pas encore décidée...

Et vous que lisez-vous ?
Belle semaine livresque à toutes et tous !

jeudi 21 septembre 2017

La Fontaine, une école buissonnière - Erik Orsenna

La Fontaine, une école buissonnière, de Erik Orsenna

198 pages
Editions Stock, Collection La Bleue
Parution : 16 août 2017

Présentation de l'éditeur :
    « Depuis l’enfance, il est notre ami. Et les animaux de ses  Fables, notre famille. Agneau, corbeau, loup, mouche,  grenouille, écrevisse ne nous ont plus jamais quittés.
Malicieuse et sage compagnie !
    Mais que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus  grand poète de notre langue française ?
    Voici une promenade au pays vrai d’un certain tout petit  Jean, né le 8 juillet 1621, dans la bonne ville de Château-Thierry, juste à l’entrée de la Champagne. Bientôt voici Paris,  joyeux Quartier latin et bons camarades : Boileau, Molière,  Racine.
    Voici un protecteur, un trop brillant surintendant des  Finances, bientôt emprisonné. On ne fait pas sans risque  de l’ombre au Roi Soleil.
    Voici un très cohérent mari : vite cocu et tranquille de l’être,  pourvu qu’on le laisse courir à sa guise.
    Voici la pauvreté, malgré l’immense succès des Fables.
   Et, peut-être pour le meilleur, voici des Contes. L’Éducation  nationale, qui n’aime pas rougir, interdisait de nous les  apprendre. On y rencontre trop de dames « gentilles de  corsage ».
Vous allez voir comme La Fontaine ressemble à la vie :  mi-fable, mi-conte.
Gravement coquine. » E.O. 


    De Jean de La Fontaine que connaissons-nous vraiment ? En dehors de quelques fables vues et revues tout au long de notre scolarité ? toujours les mêmes d'ailleurs, à croire qu'il n'en a écrit qu'une dizaine digne d'intérêts... C'est bien peu, avouons-le. Quelle fut la vie de cet homme ? quelles furent ses inspirations ? ces envies d'écrire ? Comment a-t-il réussi à ce faire connaître à une époque où il n'y a avait pas de grandes maisons d'éditions pour publier un livre et en faire la publicité ? une époque où la publicité elle-même n'avait pas été inventée. Qu'a-t-il écrit d'autres ? Les Fables sont-elles de bonnes représentantes de son oeuvre ?
    C'est un peu à toutes ces questions que tente de répondre Erik Orsenna à travers ce récit.
Avec lui nous partons sur les traces de La Fontaine, sur ce qu'il fut, où il a vécu et sa façon d'être au monde. Bien sûr ce n'est pas une biographie riche de détails sur sa vie, car il est difficile de reconstituer précisément la vie d'un homme ayant vécu tant de siècles auparavant. Heureusement que les écrits restent : textes, brouillons et correspondances.

    Tout au long du récit, l'auteur fait de son mieux pour nous dévoiler cet homme, dont l'attitude et les aspirations avaient de quoi choquer ses contemporains. Jamais La Fontaine n'a jamais été ambitieux, et s'il écrivait il le faisait ou pour quelqu'un en particulier ou pour lui-même. C'est sans craintes qu'il est sorti des sentiers battus, sans crainte qu'il a traversé sa vie, se laissant porter par le courant et c'est sans orgueil qu'il a compté sur la générosité de ses amis.

    Jean de La Fontaine a d'abord été un homme loyal en amitié, ce qui a eu un impact des plus certains sur sa vie ; mais jamais il n'a regretté son choix. Jamais il n'a été contre ses idées et ses envies de liberté, laissant la leur à ses proches de la même façon. Est-ce son contact avec la nature qui lui a donné une si grande liberté d'esprit, de raisonnement et ce peu d'intérêt pour les choses matérielles ? En lisant ce texte et ses textes, on sent l'Homme profondément pétri d'Humanité qu'il était.

    J'ai beaucoup appréciée qu'Erik Orsenna ponctue cette biographie d'extraits de textes de La Fontaine. Et pour attiser au mieux notre curiosité, il ne nous en livre souvent que le début, ce qui nous donne envie d'aller chercher des recueils et de se plonger dans ces textes inconnus de ce célèbre fabuliste qui était en réalité bien plus que cela : un vrai poète. Les vers étaient à la mode à cette époque, mais si cela avait été la prose il nous aurait livré de sublimes romans et nouvelles.

    On en apprend également beaucoup sur les contextes historiques et littéraires où il a vécu. Et si le monde d'aujourd'hui peut paraître une jungle pour les auteurs, que dire de celui de cette époque ? où l'une des seules chances de connaître la notoriété est de plaire au Roi et à sa cours ? Avouez que cela limites les possibilités. Et où les droits d'auteurs n'existant pas, vous ne pouviez vivre de votre plume sans mécènes...

    C'est une superbe biographie, riche et simple à la fois que nous livre Orsenna. Il sait passionner son lecteur, ce qui n'est pas toujours gagné pour ce type d'ouvrage. Il a su trouver les mots, le style et l'humour pour rendre ce texte accessible à tous les lecteurs. Un collégien qui ouvrirait ce livre serait tout à fait à même d'en apprécier la saveur, tout comme le lecteur rompu à cet exercice.
    C'est un ouvrage que je vous recommande si vous souhaitez découvrir qui fut réellement ce grand homme qu'est Jean de La Fontaine.

    Et puis le latin, une fois qu'on y acquiert une certaine maîtrise, le latin, c'est Virgile. Traduire Virgile, c'est mot après mot, voir surgir la Nature. Laquelle est, tout compte fait, la première école. Traduire, c'est explorer. Apprendre à regarder, à comparer. A rêver précis. Rêver, qui est tout, tout sauf rêvasser.

    La vie des La Fontaine est buissonnière. L'école et la vie communiquent, et sont toutes les deux buissonnières. "L'école buissonnière, dit le dictionnaire, est une école clandestine qui, au Moyen-Âge, se tenait en pleins champs." Clandestin, clandestine est aussi un mot pertinent pour parler de La Fontaine. Il sera toujours un passager clandestin de sa vie. Pas très sûr de lui-même, incertain de sa réalité, doutant de vivre la vie prévue pour lui. Flottant. Comme s’il fallait s'oublier pour parler à tous et à chacun, surtout ne pas s'inquiéter de savoir qui l'on est. Le génie est un passager clandestin.

    Paris et l'amitié, les deux royaumes se confondent. Les liens appellent les lieux. Seule la géographie ancre les penchants.

    De certains livres on dirait qu'ils vous ont choisi. Dès la première phrase, le cœur vous bat. Vous entendez une voix vous dire : "Tu veux être mon ami ?" C'est la voix du livre? Vous en pleureriez. Vous avez trouvé quelqu'un, et ce quelqu'un est un livre, quelqu'un pour vous protéger. Comme le ferait un plus âgé dans la cour de récréation.

    L'eau, c'est le modèle de l'écrivain, surtout s'il se veut poète. Rien de plus souple que l'eau courante, de plus varié que ses rythmes, tantôt s'emballant pour franchir des "rapides", tantôt calmée, reposée, presque immobile. Ainsi doit se faire la langue. Ainsi doit s'enchaîner tout récit. L'eau nous apprend la liberté.

    Tel, avec acharnement, a toujours voulu paraître notre La Fontaine : un paresseux, et même LE paresseux type.
    Hélas, hélas ! Cette dissimulation n'a pu tenir jusqu'au bout.


    Merci, merci à Beaumarchais, et pas seulement pour Le mariage de Figaro. Merci à lui d'avoir inventé, vers 1770, ce qu'on appelle "les droits d'auteur" !

mardi 19 septembre 2017

Megumi et le Fantôme - Eric Senabre

Megumi et le Fantôme, de Eric Senabre

224 pages
Editions Didier Jeunesse
Parution : 6 septembre 2017


Présentation de l'éditeur :
    Megumi n’a peur de rien. Surtout pas d’un fantôme irlandais qui hante la maison de ses ancêtres ! Saura-t-elle lever la malédiction qui pèse sur lui ? Une histoire pleine de rebondissements où l’on croise Yokaï et robots dans le Japon des années 80.





    Ce livre je l'ai littéralement dévoré ! C'est bien simple : je me suis calée avec sur mon canapé un mercredi en début d'après-midi et ne me suis relevée qu'une fois la dernière page tournée. Je me suis complètement laissée happer par l'écriture de l'auteur et par son imagination. A travers ce roman, le lecteur voyage loin, très loin, au pays de l'enfance.

    Ce roman c'est l'histoire d'une petite-fille, Megumi, qui vient passer quelques jours de vacances à Dublin où elle apprend qu'elle a un ancêtre Irlandais. Il ne lui en fallait pas plus pour la faire rêver et partir à la recherche du passé. C'est ainsi qu'elle rencontre un fantôme pas comme les autres, ou est-ce Megumi qui n'est pas une petite fille comme les autres ? Allez savoir. Toujours est-il que ces deux-là ont beaucoup de choses à se dire et un grand mystère à lever. 
    Ils vont entraîner le lecteur avec eux d'Irlande au Japon dans une folle histoire pleine de joie et d'amitié.

   Il est amusant d'avoir rassemblé dans ce roman deux pays où la tradition donne une grande place aux fantômes et aux défunts, chacune d'une façon différente. Cela ferait presque regretter le lecteur, que la tradition française ne leur laisse aucune place. Le jeune lecteur est porté par ces mythes et ses légendes et à travers elles, découvre deux cultures à la fois si différentes et si proches.

    Une autre chose que j'ai aimé dans ce roman : il se passe en 1985. Non pas parce que c'est mon année de naissance, quoi que... ; mais parce que cela plonge le récit dans une époque où la technologie n'était pas omniprésente et où internet ne dirigeait pas le monde. Sans cet accès à la vaste base de données du web, Megumi et son nouvel ami devront trouver d'autres façons de découvrir les pièces manquantes de leur histoire ; ce qui ne manquera pas d'amener son lot de situations aussi cocasses qu'amusantes.
   J'aime quand dans les romans jeunesse l'histoire repose sur une vie plus réelle, sans écrans ni internet ; elle va ainsi pouvoir éveiller davantage le lecteur à tout ce qu'il est possible de faire dans le monde réel, avec les moyens qui l'entourent où finalement tout devient possible avec un peu d'imagination et d'astuces.
    Et si on creuse un peu plus dans le texte, c'est un roman qui parle de la gestion de ses peurs, de sa façon d'être au rationnel ; mais aussi des limites que l'on se pose à soi-même, de ces barrières mentales que l'on se met, parfois inconsciemment et qui nous emprisonnent. C'est un livre d'une belle profondeur, qui peut permettre au jeune lecteur à lâcher prise, à se pardonner ses erreurs et à continuer d'avancer la tête haute avec le sourire.

    Autre point appréciable, c'est que bien que destiné à la jeunesse, ce roman ne tombe pas dans le simplisme. Eric Senabre a fait le choix d'un vocabulaire riche et varié. Il n'hésite pas à utiliser la ponctuation : tirets notamment pour ponctuer son récit, et même à glisser des phrases en japonais et en anglais dans ses dialogues pour titiller l'esprit du lecteur. A mes yeux c'est une chose importante, de ne pas vouloir faire trop simple sous prétexte qu'il s'agit d'un public jeune.

    C'est un super roman sur l'amitié, le partage, la tolérance, l'enfance et le rêve, qui saura charmer aussi bien les grands que les petits. C'est un livre dans lequel on se plonge avec délice, une parenthèse merveilleuse dans ce monde sur-connecté. C'est un livre que je conseille à tous ; à offrir et à s'offrir. Un livre à lire à nos enfants et nos petits-enfants, pour les inciter à rêver encore et encore, et à ne pas grandir trop vite.

    - Soyez prudentes, quand même. En Irlande, les fantômes, on vit avec. Mais ce n'est pas pour autant qu'on ne s'en méfie pas.
- On vit avec au Japon aussi, répondit Megumi. Nous, on les appelle les yôkai.
- Alors, on ne doit pas être si différents... Bonne promenade.

    Et puis, elle sentit monter en elle un drôle de sentiment. Pourquoi cette créature lui voudrait-elle forcement du mal ? C'est vrai, c'était un être terrifiant. Mais après tout, un fantôme, ce n'est jamais que l'esprit de quelqu'un qui a vécu parmi les hommes. Pourquoi s'en méfier, au fond ? Et puis, s'il avait voulu lui faire du mal, il ne perdrait pas tout ce temps.

lundi 18 septembre 2017

Le dernier violon de Menuhin - Xavier-Marie Bonnot

Le dernier violon de Menuhin, de Xavier-Marie Bonnot

240 pages
Editions Belfond
Parution : 17 août 2017

Présentation de l'éditeur :
    Les orphelins de l'enfance resteront toujours des adultes abandonnés.
    Rodolphe Meyer était violoniste célèbre. Le public l'adulait, les critiques l'encensaient. Mais l'alcool a vaincu l'artiste.
     Reclus dans une vieille ferme dont il vient d'hériter, Meyer vit ses derniers jours en compagnie du prestigieux Lord Wilton, le dernier violon de Yehudi Menuhin, modèle absolu de Rodolphe. Un matin d'hiver, alors que sa raison vacille, son double surgit de la nature sauvage et interroge l'artiste sur sa part d'ombre. Sur sa vérité.
     Roman intimiste au cœur des grands espaces, tour à tour hostiles ou bienveillants, Le dernier violon de Menuhin nous bouleverse par ce qu'il révèle de la solitude des hommes, au sommet de leur art... ou simples mortels
.

    Voilà, voilà, il faut que je vous parle de ce livre de la rentrée littéraire que j'ai lu il y a quelques temps déjà, mais ce n'est pas si facile. Il y a des livres qui comme celui-ci touche énormément son lecteur mais le laisse dans le flou face à une multitude d'émotions... Mais je vais tout de même essayer de mettre des mots sur tout cela.

    Ce roman est une ode à la musique, à la vie et à la mort. C'est l'histoire d'un homme, violoniste de profession, qui a connu un grand succès dans sa jeunesse, et qui connait une accalmie dans sa carrière. Cet homme a toujours été fasciné par Menuhin, qu'il considère comme un maître absolu du violon, et toute sa vie il aura eu l'espoir de l'approcher, d'apprendre de lui pour peut-être un jour l'égaler. Mais ce n'est pas si simple, et rapidement Menuhin lui fait comprendre qu'il ne pourra rien lui apprendre de plus car sa technique est déjà parfaite, et que pour le reste il faut laisser parler son âme.
    Cette âme qui nous fait vibrer tout au long de notre vie, c'est elle qui peut faire sonner le violon différemment dans les mains du musicien
. Mais encore faut-il jouer avec amour et passion, par choix et avec envie, est-ce bien son cas à lui Rodolphe Meyer ? Que son père a poussé dès son plus jeune âge dans les bras de la musique, le privant ainsi de son enfance. Et si malgré tout, Rodolphe aime le violon, aime jouer en public, aime sentir la musique vibrer en lui, il demeure encore et toujours habiter par une certaine colère et une certaine haine envers son père. Est-ce ces sentiments si forts qui continuent années après années à dominer sa vie, qui l'empêchent de se hisser au niveau de Menuhin ? Peut-on être heureux dans sa vie de tous les jours ? dans son art ? avec une telle bête tapie au fond de soi ?

    Jusqu'à l'annonce du décès de sa grand-mère et sa venue dans le pays natal de celle-ci, Rodolphe ne semblait pas avoir pris la mesure de tout cela. Il avait l'impression de parfois se battre contre des moulins à vent, mais sans jamais pouvoir mettre des mots dessus, sans jamais se retrouver suffisamment face à lui-même pour se plonger à l'intérieur de lui-même.
     Dans la petite maison, perdue au milieu de la campagne, isolée de tout par le mauvais temps et une voiture récalcitrante, il n'aura d'autre choix que de laisser les souvenirs remontés, et prendre le temps d'écouter son passé. Dernier d'une lignée qui s'éteindra avec lui, il s'interroge sur ce qu'il va laisser à la postérité ? Mais à trop vouloir marquer le monde et les esprits n'oublie-t-on pas de marquer sa propre vie de sa présence ?

    C'est un roman qui soulève beaucoup d'interrogations chez le lecteur, qui l'emmène à réfléchir en prenant des chemins détournés. L'auteur s'amuse à glisser mystères et zones de flou dans son récit pour libérer la pensée du lecteur. Il nous invite à voir au-delà du terre-à-terre, au-delà de l'immédiat, à chercher dans l'étrange et les petits signes autour de nous, les clefs pour répondre aux grandes questions que l'on se pose.

    C'est un roman pour le moins original, assez déroutant, auquel je vous conseille de donner sa chance.

    Il se souvint de l'odeur irréelle de la petite tête d'Emilie. La lavande. Le jardin fleuri. Le soleil. Quelques rêveries de Giono. L'odeur revenait aujourd'hui.

     Le souvenir d'Emilie le déprimait. Ce devait être la Mort qui ouvrait les tiroirs de sa mémoire et en sortait ce que bon lui semblait.
   La Mort fait ce qu'elle veut. Elle perquisitionne la pensée et rouvre les vieux dossiers. Et puis elle juge... Elle soupèse votre deuil... C'est la correctionnelle du descendant.


    Toutes nos vies ne sont que des traits d'union entre nos deux dates, pensa Meyer. Ma vie à moi, de gloire et d'ombre, n'est que ce maudit tiret. Elle ne vaut pas mieux.

    L'âme ignore le temps, elle ne vieillit pas, ni ne rajeunit. Elle n'a pas d'âge. J'ai une âme jeune dans une enveloppe froissée et me voilà triste à case de vieilleries sentimentales.