vendredi 29 septembre 2017

Tous nos contretemps - Elan Mastai

Tous nos contretemps, de Elan Mastai

411 pages
Editions Bragelonne
Parution : 20 septembre 2017
Traduction de Jean Bonnefoy

Présentation de l'éditeur :

jeudi 28 septembre 2017

Les p'tits nouveaux dans ma bibliothèque [12]


Avec un petit peu de retard, je vous présente les livres qui ont rejoint ma bibliothèque au début de l'été. 


Un petit craquage placé sous le signe de l'une de mes maisons d'édition préférée : Mercure de France,
mais pas que !

Avez-vous lu certains de ces livres ? Certains vous tentent-ils ?

lundi 25 septembre 2017

C'est lundi que lisez-vous ? [91]

"C'est lundi ! Que lisez-vous?" C'est une idée originale créé par Mallou, maintenant coordonnée par Galleane.
On répond comme chaque Lundi à trois petites questions :

1. Qu'ai-je lu la semaine passée ? 2. Que suis-je en train de lire en ce moment? 3. Que vais-je lire ensuite ?


Ce que j'ai lu cette semaine : 
    
Du 18 au 24 septembre 2017
Une semaine de lectures variées et toutes aussi prenantes les unes que les autres. J'ai beaucoup apprécié Le mal des ardents, de Frédéric Aribit ; à la fois documentaire et roman.
Puis j'ai dévoré le temps d'une soirée Je suis en bois, de Giulia Carcasi, une livre touchant d'une mère essayant de comprendre sa fille ; mon seul regret : ne pas l'avoir lu en VO, la poésie de la langue italienne devant merveilleusement compléter la plume poétique de l'auteur.
Il ne m'a fallu également qu'une soirée pour engloutir ce roman jeunesse Trop parfaite !, de Gigliola Alvisi, (une autre auteur italienne) ; une lecture riche, pleine de réflexion et de rebondissements, mais qui m'a laissé une certaine dose de scepticisme quant à l'ensemble.
Je vous reparle de ces lectures très vite plus en détails.


- Le mal des ardents, de Frédéric Aribit
- Je suis en bois, de Giulia Carcasi
- Trop parfaite !, de Gigliola Alvisi

Ce que je suis en train de lire : 
 
Je suis plongée dans Tous nos contretemps, de Elan Mastai, un livre complètement hors de mes habitudes de lecture, ce qui fait du bien. Par contre, il faut bien reconnaître que le narrateur n'est pas toujours facile à suivre et que j'avance relativement doucement dans ma lecture.4

Présentation de l'éditeur :
    Dans le monde de Tom Barren la technologie a mis fin aux maux de l’humanité : il n’y a plus ni guerre, ni pauvreté et les avocats sont toujours mûrs à point. Mais Tom n’est pas heureux. Il a perdu la fille de ses rêves. Et que fait-on quand on a le cœur brisé et qu’on dispose d’une machine à voyager dans le temps ? Une connerie monumentale.
    Tom est désormais piégé dans un monde terrifiant… qui n’est autre que notre époque, et cherche désespérément à réparer son erreur et à rentrer chez lui. Jusqu’à ce qu’il découvre les autres versions de sa famille, de sa carrière et de la femme de sa vie, qui se révèlent plus plaisantes.
    Terrible dilemme : Tom doit-il revenir à son existence parfaite mais solitaire, ou bien rester dans notre réalité chaotique auprès de son âme sœur ?

 


  Mes prochaines lectures
Contemporain, jeunesse ou classique, je ne suis pas encore décidée...

Et vous que lisez-vous ?
Belle semaine livresque à toutes et tous !

jeudi 21 septembre 2017

La Fontaine, une école buissonnière - Erik Orsenna

La Fontaine, une école buissonnière, de Erik Orsenna

198 pages
Editions Stock, Collection La Bleue
Parution : 16 août 2017

Présentation de l'éditeur :
    « Depuis l’enfance, il est notre ami. Et les animaux de ses  Fables, notre famille. Agneau, corbeau, loup, mouche,  grenouille, écrevisse ne nous ont plus jamais quittés.
Malicieuse et sage compagnie !
    Mais que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus  grand poète de notre langue française ?
    Voici une promenade au pays vrai d’un certain tout petit  Jean, né le 8 juillet 1621, dans la bonne ville de Château-Thierry, juste à l’entrée de la Champagne. Bientôt voici Paris,  joyeux Quartier latin et bons camarades : Boileau, Molière,  Racine.
    Voici un protecteur, un trop brillant surintendant des  Finances, bientôt emprisonné. On ne fait pas sans risque  de l’ombre au Roi Soleil.
    Voici un très cohérent mari : vite cocu et tranquille de l’être,  pourvu qu’on le laisse courir à sa guise.
    Voici la pauvreté, malgré l’immense succès des Fables.
   Et, peut-être pour le meilleur, voici des Contes. L’Éducation  nationale, qui n’aime pas rougir, interdisait de nous les  apprendre. On y rencontre trop de dames « gentilles de  corsage ».
Vous allez voir comme La Fontaine ressemble à la vie :  mi-fable, mi-conte.
Gravement coquine. » E.O. 


    De Jean de La Fontaine que connaissons-nous vraiment ? En dehors de quelques fables vues et revues tout au long de notre scolarité ? toujours les mêmes d'ailleurs, à croire qu'il n'en a écrit qu'une dizaine digne d'intérêts... C'est bien peu, avouons-le. Quelle fut la vie de cet homme ? quelles furent ses inspirations ? ces envies d'écrire ? Comment a-t-il réussi à ce faire connaître à une époque où il n'y a avait pas de grandes maisons d'éditions pour publier un livre et en faire la publicité ? une époque où la publicité elle-même n'avait pas été inventée. Qu'a-t-il écrit d'autres ? Les Fables sont-elles de bonnes représentantes de son oeuvre ?
    C'est un peu à toutes ces questions que tente de répondre Erik Orsenna à travers ce récit.
Avec lui nous partons sur les traces de La Fontaine, sur ce qu'il fut, où il a vécu et sa façon d'être au monde. Bien sûr ce n'est pas une biographie riche de détails sur sa vie, car il est difficile de reconstituer précisément la vie d'un homme ayant vécu tant de siècles auparavant. Heureusement que les écrits restent : textes, brouillons et correspondances.

    Tout au long du récit, l'auteur fait de son mieux pour nous dévoiler cet homme, dont l'attitude et les aspirations avaient de quoi choquer ses contemporains. Jamais La Fontaine n'a jamais été ambitieux, et s'il écrivait il le faisait ou pour quelqu'un en particulier ou pour lui-même. C'est sans craintes qu'il est sorti des sentiers battus, sans crainte qu'il a traversé sa vie, se laissant porter par le courant et c'est sans orgueil qu'il a compté sur la générosité de ses amis.

    Jean de La Fontaine a d'abord été un homme loyal en amitié, ce qui a eu un impact des plus certains sur sa vie ; mais jamais il n'a regretté son choix. Jamais il n'a été contre ses idées et ses envies de liberté, laissant la leur à ses proches de la même façon. Est-ce son contact avec la nature qui lui a donné une si grande liberté d'esprit, de raisonnement et ce peu d'intérêt pour les choses matérielles ? En lisant ce texte et ses textes, on sent l'Homme profondément pétri d'Humanité qu'il était.

    J'ai beaucoup appréciée qu'Erik Orsenna ponctue cette biographie d'extraits de textes de La Fontaine. Et pour attiser au mieux notre curiosité, il ne nous en livre souvent que le début, ce qui nous donne envie d'aller chercher des recueils et de se plonger dans ces textes inconnus de ce célèbre fabuliste qui était en réalité bien plus que cela : un vrai poète. Les vers étaient à la mode à cette époque, mais si cela avait été la prose il nous aurait livré de sublimes romans et nouvelles.

    On en apprend également beaucoup sur les contextes historiques et littéraires où il a vécu. Et si le monde d'aujourd'hui peut paraître une jungle pour les auteurs, que dire de celui de cette époque ? où l'une des seules chances de connaître la notoriété est de plaire au Roi et à sa cours ? Avouez que cela limites les possibilités. Et où les droits d'auteurs n'existant pas, vous ne pouviez vivre de votre plume sans mécènes...

    C'est une superbe biographie, riche et simple à la fois que nous livre Orsenna. Il sait passionner son lecteur, ce qui n'est pas toujours gagné pour ce type d'ouvrage. Il a su trouver les mots, le style et l'humour pour rendre ce texte accessible à tous les lecteurs. Un collégien qui ouvrirait ce livre serait tout à fait à même d'en apprécier la saveur, tout comme le lecteur rompu à cet exercice.
    C'est un ouvrage que je vous recommande si vous souhaitez découvrir qui fut réellement ce grand homme qu'est Jean de La Fontaine.

    Et puis le latin, une fois qu'on y acquiert une certaine maîtrise, le latin, c'est Virgile. Traduire Virgile, c'est mot après mot, voir surgir la Nature. Laquelle est, tout compte fait, la première école. Traduire, c'est explorer. Apprendre à regarder, à comparer. A rêver précis. Rêver, qui est tout, tout sauf rêvasser.

    La vie des La Fontaine est buissonnière. L'école et la vie communiquent, et sont toutes les deux buissonnières. "L'école buissonnière, dit le dictionnaire, est une école clandestine qui, au Moyen-Âge, se tenait en pleins champs." Clandestin, clandestine est aussi un mot pertinent pour parler de La Fontaine. Il sera toujours un passager clandestin de sa vie. Pas très sûr de lui-même, incertain de sa réalité, doutant de vivre la vie prévue pour lui. Flottant. Comme s’il fallait s'oublier pour parler à tous et à chacun, surtout ne pas s'inquiéter de savoir qui l'on est. Le génie est un passager clandestin.

    Paris et l'amitié, les deux royaumes se confondent. Les liens appellent les lieux. Seule la géographie ancre les penchants.

    De certains livres on dirait qu'ils vous ont choisi. Dès la première phrase, le cœur vous bat. Vous entendez une voix vous dire : "Tu veux être mon ami ?" C'est la voix du livre? Vous en pleureriez. Vous avez trouvé quelqu'un, et ce quelqu'un est un livre, quelqu'un pour vous protéger. Comme le ferait un plus âgé dans la cour de récréation.

    L'eau, c'est le modèle de l'écrivain, surtout s'il se veut poète. Rien de plus souple que l'eau courante, de plus varié que ses rythmes, tantôt s'emballant pour franchir des "rapides", tantôt calmée, reposée, presque immobile. Ainsi doit se faire la langue. Ainsi doit s'enchaîner tout récit. L'eau nous apprend la liberté.

    Tel, avec acharnement, a toujours voulu paraître notre La Fontaine : un paresseux, et même LE paresseux type.
    Hélas, hélas ! Cette dissimulation n'a pu tenir jusqu'au bout.


    Merci, merci à Beaumarchais, et pas seulement pour Le mariage de Figaro. Merci à lui d'avoir inventé, vers 1770, ce qu'on appelle "les droits d'auteur" !

mardi 19 septembre 2017

Megumi et le Fantôme - Eric Senabre

Megumi et le Fantôme, de Eric Senabre

224 pages
Editions Didier Jeunesse
Parution : 6 septembre 2017


Présentation de l'éditeur :
    Megumi n’a peur de rien. Surtout pas d’un fantôme irlandais qui hante la maison de ses ancêtres ! Saura-t-elle lever la malédiction qui pèse sur lui ? Une histoire pleine de rebondissements où l’on croise Yokaï et robots dans le Japon des années 80.





    Ce livre je l'ai littéralement dévoré ! C'est bien simple : je me suis calée avec sur mon canapé un mercredi en début d'après-midi et ne me suis relevée qu'une fois la dernière page tournée. Je me suis complètement laissée happer par l'écriture de l'auteur et par son imagination. A travers ce roman, le lecteur voyage loin, très loin, au pays de l'enfance.

    Ce roman c'est l'histoire d'une petite-fille, Megumi, qui vient passer quelques jours de vacances à Dublin où elle apprend qu'elle a un ancêtre Irlandais. Il ne lui en fallait pas plus pour la faire rêver et partir à la recherche du passé. C'est ainsi qu'elle rencontre un fantôme pas comme les autres, ou est-ce Megumi qui n'est pas une petite fille comme les autres ? Allez savoir. Toujours est-il que ces deux-là ont beaucoup de choses à se dire et un grand mystère à lever. 
    Ils vont entraîner le lecteur avec eux d'Irlande au Japon dans une folle histoire pleine de joie et d'amitié.

   Il est amusant d'avoir rassemblé dans ce roman deux pays où la tradition donne une grande place aux fantômes et aux défunts, chacune d'une façon différente. Cela ferait presque regretter le lecteur, que la tradition française ne leur laisse aucune place. Le jeune lecteur est porté par ces mythes et ses légendes et à travers elles, découvre deux cultures à la fois si différentes et si proches.

    Une autre chose que j'ai aimé dans ce roman : il se passe en 1985. Non pas parce que c'est mon année de naissance, quoi que... ; mais parce que cela plonge le récit dans une époque où la technologie n'était pas omniprésente et où internet ne dirigeait pas le monde. Sans cet accès à la vaste base de données du web, Megumi et son nouvel ami devront trouver d'autres façons de découvrir les pièces manquantes de leur histoire ; ce qui ne manquera pas d'amener son lot de situations aussi cocasses qu'amusantes.
   J'aime quand dans les romans jeunesse l'histoire repose sur une vie plus réelle, sans écrans ni internet ; elle va ainsi pouvoir éveiller davantage le lecteur à tout ce qu'il est possible de faire dans le monde réel, avec les moyens qui l'entourent où finalement tout devient possible avec un peu d'imagination et d'astuces.
    Et si on creuse un peu plus dans le texte, c'est un roman qui parle de la gestion de ses peurs, de sa façon d'être au rationnel ; mais aussi des limites que l'on se pose à soi-même, de ces barrières mentales que l'on se met, parfois inconsciemment et qui nous emprisonnent. C'est un livre d'une belle profondeur, qui peut permettre au jeune lecteur à lâcher prise, à se pardonner ses erreurs et à continuer d'avancer la tête haute avec le sourire.

    Autre point appréciable, c'est que bien que destiné à la jeunesse, ce roman ne tombe pas dans le simplisme. Eric Senabre a fait le choix d'un vocabulaire riche et varié. Il n'hésite pas à utiliser la ponctuation : tirets notamment pour ponctuer son récit, et même à glisser des phrases en japonais et en anglais dans ses dialogues pour titiller l'esprit du lecteur. A mes yeux c'est une chose importante, de ne pas vouloir faire trop simple sous prétexte qu'il s'agit d'un public jeune.

    C'est un super roman sur l'amitié, le partage, la tolérance, l'enfance et le rêve, qui saura charmer aussi bien les grands que les petits. C'est un livre dans lequel on se plonge avec délice, une parenthèse merveilleuse dans ce monde sur-connecté. C'est un livre que je conseille à tous ; à offrir et à s'offrir. Un livre à lire à nos enfants et nos petits-enfants, pour les inciter à rêver encore et encore, et à ne pas grandir trop vite.

    - Soyez prudentes, quand même. En Irlande, les fantômes, on vit avec. Mais ce n'est pas pour autant qu'on ne s'en méfie pas.
- On vit avec au Japon aussi, répondit Megumi. Nous, on les appelle les yôkai.
- Alors, on ne doit pas être si différents... Bonne promenade.

    Et puis, elle sentit monter en elle un drôle de sentiment. Pourquoi cette créature lui voudrait-elle forcement du mal ? C'est vrai, c'était un être terrifiant. Mais après tout, un fantôme, ce n'est jamais que l'esprit de quelqu'un qui a vécu parmi les hommes. Pourquoi s'en méfier, au fond ? Et puis, s'il avait voulu lui faire du mal, il ne perdrait pas tout ce temps.

lundi 18 septembre 2017

Le dernier violon de Menuhin - Xavier-Marie Bonnot

Le dernier violon de Menuhin, de Xavier-Marie Bonnot

240 pages
Editions Belfond
Parution : 17 août 2017

Présentation de l'éditeur :
    Les orphelins de l'enfance resteront toujours des adultes abandonnés.
    Rodolphe Meyer était violoniste célèbre. Le public l'adulait, les critiques l'encensaient. Mais l'alcool a vaincu l'artiste.
     Reclus dans une vieille ferme dont il vient d'hériter, Meyer vit ses derniers jours en compagnie du prestigieux Lord Wilton, le dernier violon de Yehudi Menuhin, modèle absolu de Rodolphe. Un matin d'hiver, alors que sa raison vacille, son double surgit de la nature sauvage et interroge l'artiste sur sa part d'ombre. Sur sa vérité.
     Roman intimiste au cœur des grands espaces, tour à tour hostiles ou bienveillants, Le dernier violon de Menuhin nous bouleverse par ce qu'il révèle de la solitude des hommes, au sommet de leur art... ou simples mortels
.

    Voilà, voilà, il faut que je vous parle de ce livre de la rentrée littéraire que j'ai lu il y a quelques temps déjà, mais ce n'est pas si facile. Il y a des livres qui comme celui-ci touche énormément son lecteur mais le laisse dans le flou face à une multitude d'émotions... Mais je vais tout de même essayer de mettre des mots sur tout cela.

    Ce roman est une ode à la musique, à la vie et à la mort. C'est l'histoire d'un homme, violoniste de profession, qui a connu un grand succès dans sa jeunesse, et qui connait une accalmie dans sa carrière. Cet homme a toujours été fasciné par Menuhin, qu'il considère comme un maître absolu du violon, et toute sa vie il aura eu l'espoir de l'approcher, d'apprendre de lui pour peut-être un jour l'égaler. Mais ce n'est pas si simple, et rapidement Menuhin lui fait comprendre qu'il ne pourra rien lui apprendre de plus car sa technique est déjà parfaite, et que pour le reste il faut laisser parler son âme.
    Cette âme qui nous fait vibrer tout au long de notre vie, c'est elle qui peut faire sonner le violon différemment dans les mains du musicien
. Mais encore faut-il jouer avec amour et passion, par choix et avec envie, est-ce bien son cas à lui Rodolphe Meyer ? Que son père a poussé dès son plus jeune âge dans les bras de la musique, le privant ainsi de son enfance. Et si malgré tout, Rodolphe aime le violon, aime jouer en public, aime sentir la musique vibrer en lui, il demeure encore et toujours habiter par une certaine colère et une certaine haine envers son père. Est-ce ces sentiments si forts qui continuent années après années à dominer sa vie, qui l'empêchent de se hisser au niveau de Menuhin ? Peut-on être heureux dans sa vie de tous les jours ? dans son art ? avec une telle bête tapie au fond de soi ?

    Jusqu'à l'annonce du décès de sa grand-mère et sa venue dans le pays natal de celle-ci, Rodolphe ne semblait pas avoir pris la mesure de tout cela. Il avait l'impression de parfois se battre contre des moulins à vent, mais sans jamais pouvoir mettre des mots dessus, sans jamais se retrouver suffisamment face à lui-même pour se plonger à l'intérieur de lui-même.
     Dans la petite maison, perdue au milieu de la campagne, isolée de tout par le mauvais temps et une voiture récalcitrante, il n'aura d'autre choix que de laisser les souvenirs remontés, et prendre le temps d'écouter son passé. Dernier d'une lignée qui s'éteindra avec lui, il s'interroge sur ce qu'il va laisser à la postérité ? Mais à trop vouloir marquer le monde et les esprits n'oublie-t-on pas de marquer sa propre vie de sa présence ?

    C'est un roman qui soulève beaucoup d'interrogations chez le lecteur, qui l'emmène à réfléchir en prenant des chemins détournés. L'auteur s'amuse à glisser mystères et zones de flou dans son récit pour libérer la pensée du lecteur. Il nous invite à voir au-delà du terre-à-terre, au-delà de l'immédiat, à chercher dans l'étrange et les petits signes autour de nous, les clefs pour répondre aux grandes questions que l'on se pose.

    C'est un roman pour le moins original, assez déroutant, auquel je vous conseille de donner sa chance.

    Il se souvint de l'odeur irréelle de la petite tête d'Emilie. La lavande. Le jardin fleuri. Le soleil. Quelques rêveries de Giono. L'odeur revenait aujourd'hui.

     Le souvenir d'Emilie le déprimait. Ce devait être la Mort qui ouvrait les tiroirs de sa mémoire et en sortait ce que bon lui semblait.
   La Mort fait ce qu'elle veut. Elle perquisitionne la pensée et rouvre les vieux dossiers. Et puis elle juge... Elle soupèse votre deuil... C'est la correctionnelle du descendant.


    Toutes nos vies ne sont que des traits d'union entre nos deux dates, pensa Meyer. Ma vie à moi, de gloire et d'ombre, n'est que ce maudit tiret. Elle ne vaut pas mieux.

    L'âme ignore le temps, elle ne vieillit pas, ni ne rajeunit. Elle n'a pas d'âge. J'ai une âme jeune dans une enveloppe froissée et me voilà triste à case de vieilleries sentimentales.

C'est lundi que lisez-vous ? [90]

"C'est lundi ! Que lisez-vous?" C'est une idée originale créé par Mallou, maintenant coordonnée par Galleane.
On répond comme chaque Lundi à trois petites questions :

1. Qu'ai-je lu la semaine passée ? 2. Que suis-je en train de lire en ce moment? 3. Que vais-je lire ensuite ?


Ce que j'ai lu cette semaine : 
    
Du 11 au 17 septembre 2017
Une belle semaine de lecture ! Que j'ai commencé avec les mots de Benoîte Groult, La touche étoile est un roman qui nous interroge sur le rapport à la vieillesse, au bonheur, au couple, à la liberté dans notre société actuelle. Vraiment un pur délice à lire !
Il est temps que je m'attelle un peu plus sérieusement aux classiques que je souhaite lire d'ici la fin de l'année, du coup j'ai sorti le Grand Meaulnes. Une lecture pas si simple de premier abord mais passionnante lorsqu'on a réussi à rentrer dedans.
Et pour changer, j'ai sorti un petit roman jeunesse, sur lequel je n'ai pas encore d'avis bien tranché, je vais lui laisser encore quelques jours pour décanter dans mon cerveau.

- La touche étoile, de Benoîte Groult
- Le Grand Meaulnes, d'Alain-Fournier
- Une certaine Clara Parker, de Ségolène Valente

Ce que je suis en train de lire : 
 
Je suis plongée dans Le Mal des Ardents, de Frédéric Aribit, un roman à la fois poétique, entraînant, fou et documentaire sur ce qu'est l'intoxication à l'Ergot du seigle. Mais qui est aussi une belle ode à l'art et plus particulièrement à la musique.

4ème de couverture :
   Entretenir le feu sacré sous peine d'être enterré vivant. On ne rencontre pas l'art personnifié tous les jours.
     Elle est violoncelliste, elle dessine, elle peint, fait de la photo. Elle s'appelle Lou. Lorsqu'il tombe sur elle, par hasard, à Paris, c'est sa vie entière de prof de lettres désenchanté qui bascule et, subjugué par ses errances, ses fulgurances, il se lance à la poursuite de ce qu'elle incarne, comme une incandescence portée à ses limites.
     Mais le merveilleux devient étrange, et l'étrange inquiétant : Lou ne dort plus, se gratte beaucoup, semble en proie à de brusques accès de folie. Un soir, prise de convulsions terribles, elle est conduite à l'hôpital où elle plonge dans un incompréhensible coma. Le diagnostic, sidérant, mène à la boulangerie où elle achète son pain.
     Quel est donc ce mystérieux " mal des ardents " qu'on croyait disparu ? Quel est ce " feu sacré " qui consume l'être dans une urgence absolue ?
     Il va l'apprendre par contagion. Apprendre enfin, grâce à Lou, ce qu'est cette fièvre qui ne cesse de brûler, et qui s'appelle l'art.


  Mes prochaines lectures

Je pense qu'il s'agira d'un auteur italien et deux choix s'offrent à moi, je choisirai selon mon envie du moment.

Et vous que lisez-vous ?
Belle semaine livresque à toutes et tous !

mercredi 13 septembre 2017

La Lettre à Helga - Bergsveinn Birgisson

La Lettre à Helga, de Bergsveinn Birgisson

131 pages
Editions Zulma
Année de parution : 2013
Traduit de l'Islandais par Catherine Eyjolfsson

Résumé rabat de couverture :
"Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi". Ainsi débute la réponse, tardive, de Bjarni à sa chère Helga qu’il aima d’un amour fou mais impossible. Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre son âpre existence tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d’attention émerveillée à la nature sauvage. Ce puissant roman se dévore, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie.

    Il me semble, mais je ne saurais l'affirmer que ce livre avait un petit peu parler de lui à sa sortie ... du moins le titre me disait-il quelque chose.
Ce fut ma première lecture d'un auteur Islandais, et celle-ci me semble assez particulière. Mais est-ce juste ce récit-ci ou est-ce un style mélancolique typique de cette littérature ? Je ne saurais le dire, mais en tout cas c'est le sentiment que m'en a laissé celle-ci.

    Ce roman n'est en réalité d'une sorte de longue lettre qu'adresse Bjarni sur la fin de sa vie à Helga, une femme qu'il a passionnément aimé dans sa jeunesse.
    C'est l'histoire de cet amour passionné, mais pas suffisant pour lui faire changer de vie. Marié à une femme stérile, qui souffre de cette stérilité et qui le pousse à l'abandonner à son triste sort et à se trouver une compagne fertile, Bjarni décide de rester auprès d'elle tout au long de sa vie. Choix dont il souffre à chaque instant a-t-on l'impression à la lecture de ce texte. Car si une chose semble évidente c'est que Bjarni a des remords, il regrette de ne pas avoir eu le courage de suivre Helga lorsque celle-ci un jour lui demande.
     Peur du changement ? Peur de la ville, lui si habitué à sa campagne déserte ? Pur honneur de respecter ses voeux de mariage ? Tout semble un peu mêlé et confus à la fois.
    Dans ce texte, il nous raconte sa vie, ses sentiments, ses ressentis, ses engagements, ses doutes, ses joies ...
    Le texte est court mais semble long, de par cette nostalgie, ce vide, cette mélancolie qui s’égrènent tout au long du récit. La vie de campagne en Islande est faite de silence et de solitude. 

    C'est une lecture à la fois intéressante et presque inutile, mais une lecture était-elle utile au fond ; dans le sens où elle ne vous apprend pas grand chose, autre le ressenti de cet homme dont la vie n'a finalement rien d'exceptionnel. C'est un homme comme des milliers d'autres sur terre qui essaye de mener bon-gré mal-gré leur petit bonhomme de chemin, et qui un jour se retourne sur leur passé.
    On y découvre tout de même une multitude de petites choses sur la paysannerie Islandaise, sur la façon dont les habitants s'arrangent du climat si froid et cette nature hostile, ... c'est une autre vie, mais les Hommes restent les mêmes partout sur Terre avec leurs sentiments et leurs doutes. Et c'est ce qui reste l'axe principal de ce texte.

    J'imagine que ce texte a plus de sens et de force dans sa langue d'origine ; c'est toujours le drame des traductions où les mots d'une langue à l'autre ne savent jamais vraiment exprimé la même émotion, le même sentiment ou la même atmosphère, et que l'on ne peut que vraiment saisir que sur place.

    Je me réessayerai à l'occasion à la littérature Islandaise, car elle semble pleine de promesse et d'un style différent de notre littérature française. 

     J'en ai eu gros sur le cœur quand la médisance a fait son chemin dans la contrée, ou plutôt, comment dire,la médisance a gonflé sa grosse bulle autour de mon cœur. Je n'avais plus goût aux travaux ni aux jours, j'étais devenu impatient et irritable, incapable de gérer ce qui remuait en moi. Il me semblait qu'on me regardait avec défiance.

    J'avais beau essayer de m'endurcir, les pleurs sourdaient comme du sang à travers un pansement. Ils en étaient tout caricaturés. Je sentis la volonté se propager jusqu'à mes chevilles, elle voulait que je me lève, que je sorte et que j'aille te dire : "partons". Rien que ce seul mot, "Partons". Mais je me raidis. Il fallait se remettre d'aplomb.

    J'aurais mangé du savon pour toi si tu me l'avais demandé. Mais renoncer à moi-même, à la campagne et au travail de la terre auquel je m'identifiais, ça je ne pouvais pas.

    Croire au progrès et se l'approprier est une chose, mais c'en est une autre de mépriser le passé. 

    On pourrait à la rigueur accepter de vivre en ville si l'on n'y devenait pas tellement ennuyeux à force d'y habiter.

jeudi 7 septembre 2017

Les craies de couleur - Josette Boudou

Les Craies de couleur , de Josette Boudou

311 pages
Editions de Borée
Parution : Août 2012

4ème de couverture :
Nommée institutrice dans une classe de cours préparatoire, Diane se réjouit de ce nouveau départ après le cuisant échec de son mariage.
     La jeune femme prend à cœur la tenue de sa classe et retrouve du plaisir au contact de ses élèves pleins de vie et de leurs parents.
     Justement, Adrien, le père de Jérémie, la trouble : l'homme, délaissé par son épouse et dévoué à son fils, reste tourmenté par sa participation à la guerre d'Algérie...
    Saura-t-elle le faire vibrer à nouveau ? 


     De prime abord j'ai trouvé la couverture de ce livre superbe, sobre et colorée à la fois ; et c'est ce qui m'a donné envie d'en lire le résumé, puis de le lire.

    Dans ce roman, nous rencontrons Diane, une jeune femme qui décide de reprendre sa vie en main. Après un mariage des plus désastreux, elle accepte un poste d'institutrice dans une petite ville du Macif Central. Comme toutes les femmes seules qui décident de travailler à l'époque, elle doit se montrer forte et apprendre à mener sa vie. Heureusement pour elle, elle est bien entourée et ses élèves se révèlent charmants avec elle.
     Dans le même temps, nous faisons la connaissance d'Adrien, le papa de Jérémie, un des élèves de Diane. C'est un homme brisé, qui se concentre sur sa vie professionnelle et sur son fils pour ne pas sombrer. Abandonné par son épouse à son retour de la Guerre d'Algérie, il s'est installé chez sa mère, qui comme cela se faisait alors à l'époque prend soin du petit garçon.
     Et puis il y a Jérémie, ce petit garçon plein de vie et doué en dessin. Est-ce parce qu'il aimerait mettre de la vie et de la couleur dans la vie de son papa que ce petit garçon, haut comme trois pommes est fasciné par les craies de couleur ?

    Le roman tourne autour de trois thèmes : la vie de Diane, l'école et les ravages psychologiques qu'a pu faire la Guerre d'Algérie dans les esprits des hommes qui sont allés combattre là-bas.
    Il est agréable de découvrir la vie de Diane ; jeune femme insouciante qui épouse un peu trop vite son premier amour et qui finit vite par déchanter. Heureusement l'émancipation des femmes a commencé, et aidée par sa jeune tante, elle arrive de se sortir de ce mauvais pas. Ce qui creuse un fossé entre elle et sa mère ... difficile est l'entente et la compréhension entre les générations à cette époque de changements. Et pour ne rien arrangé dans ces rapports mère-fille, il y a une vieille rancœur bien ancrée.  
     L'école est toujours un sujet qui fascine. Est-ce parce que nous y avons passé tant de temps ? Toujours est-il que les lecteurs aiment découvrir l'école des temps passés, surtout à cette époque où il semblait souffler comme un air de liberté, où l'électronique n'avait pas envahit le marché, et où l'on pouvait rester jouer avec les copains après la classe sans risque sur la place du village ou dans les bois alentour. Les bêtises n'étaient pas les même, et elles donneraient presque envie ....
    Les années 60 sont marquées par la Guerre d'Algérie, que l'on soit allé sur place ou que l'on ait suivi l'affaire de loin, elle n'a laissé personne indifférent. Et pourtant, elle semble vite devenir un sujet tabou, et quelques décennies plus tard, plus personne ou presque n'ose encore l'évoquer ... pourquoi ? Pourquoi ce désir si fort de l'oubli ? Josette Boudou répond quelque peu à cette question au travers des souvenirs et blessures d'Adrien, disséminé au fil du récit. Elle revient sur cette incompréhension des soldats sur place, assistant impuissants à une boucherie dont ils ne voient pas l'utilité et dont ils ne savent se prémunir ou se protéger. Bien sûr, elle ne fait qu'évoquer tout cela, mais à travers le peu de pages dédiées au sujet, elle sait pointer les choses du doigt afin que les générations futures se posent les bonnes questions et peut-être ait envie de se pencher davantage sur cette tranche de notre passé.

     Cela semble faire beaucoup de sujets abordés dans ce roman somme toute assez court, mais la plume de Josette Boudou sait être efficace et pleine de vie. A aucun moment de la lecture, le malaise ne prend le lecteur, a aucun moment il souffre ou peine ; non, il a toujours envie d'aller plus loin dans la lecture, il suit la lumière que l'auteur allume de plus en plus intensément au fil des pages.

    Ce roman est avant tout un livre sur la vie, plein de vie et d'avenir.


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