vendredi 25 août 2017

L'élixir d'amour - Eric-Emmanuel Schmitt

L'élixir d'amour, de Eric-Emmanuel Schmitt

156 pages
Editions Albin Michel
Parution : Avril 2014

4ème de couverture :
    « L amour relève-t-il d un processus chimique ou d un miracle spirituel ? Existe-t-il un moyen infaillible pour déclencher la passion, comme l élixir qui jadis unit Tristan et Yseult ? Est-on, au contraire, totalement libre d aimer ? »
    Anciens amants, Adam et Louise vivent désormais à des milliers de kilomètres l un de l autre, lui à Paris, elle à Montréal. Par lettres, tout en évoquant les blessures du passé et en s avouant leurs nouvelles aventures, ils se lancent un défi : provoquer l amour. Mais ce jeu ne cache-t-il pas un piège ? »
    Observateur pertinent des caprices du coeur, Eric-Emmanuel Schmitt explore le mystère des attirances et des sentiments. 


    Même si au final peu de ses textes sont chroniqués sur ce blog, Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur de j'aime beaucoup et dont j'ai lu un grand nombre d'ouvrages. S'il n'est que peu présent par ici pour le moment, c'est que nombre de ceux-ci ont été lus avant l'ouverture de cet espace où j'aime discuter de mes lectures avec vous.

    Lire un livre d'Eric-Emmanuel Schmitt c'est avoir l'assurance de plonger dans une réflexion philosophique sur la vie et les relations entre les Hommes de façon très accessible, sans grandes phrases pompeuses ni détours ahurissants. C'est un écrivain de l'essentiel, qui sait donner force et impact aux mots choisis. J'aime cette force de l'écriture qu'il a hérité de son passé d'homme du théâtre. Lorsque je commence un de ces textes, je sais d'avance que je vais être charmée par sa plume, son histoire et mon esprit stimulé.

    C'est presque à contre-coeur que je dois avouer, que je trouve ce roman en dessous de tous ceux que j'ai lu jusqu'ici.
    Est-ce du aux personnages ? A cette femme qui décide de quitter un homme qui la trompe sans cesse mais qui accepte de continuer de flirter avec lui par e-mail ? A cet homme volage, sûr de son bon droit et de sa supériorité en séduction ; qui pense que l'amour est une mécanique qu'il suffit de lancer ? A ce rapport de force qui se joue entre les deux personnages à travers cet échange étalé sur plusieurs semaines ?
     Est-ce du à cette réflexion sur l'amour ? Cette idée qu'il peut être provoqué, qu'il faut simplement en connaître "l'élixir", de s'en servir et de cueillir ensuite l'autre, si facilement séduit ?
     Est-ce du au fait que ce texte est réellement très très court ? Tellement court que j'ai l'impression que l'auteur n'a fait qu'effleurer les idées qu'il voulait exposer, sans réellement les développer ? N'amenant pas assez le lecteur à le suivre dans ses réflexions ?
     Est-ce du au fait de cette relation malsaine ? où malgré la séparation, celui qui est en tort revient à la charge et se trouve des excuses ? où les mensonges s'accumulent page après page ?

     Peut-être suis-je vieux-jeu, mais pour moi l'Amour c'est avant tout la confiance et la sincérité entre deux personnes. C'est la simplicité même des relations. Ce qui est loin d'être le cas ici. Et le fait que l'auteur semble nous démontrer le contraire m'a quelque peu déstabilisée. Peut-être souhaite-t-il à travers ce texte essayer de comprendre le monde actuel ; essayer de décrypter ce qui semble être les "nouvelles relations amoureuses" de notre temps ; ...

     Moi qui aime la simplicité et l'efficacité de sa plume, je l'ai trouvé ici trop concise : trop de choses à développer en pas assez de pages. Dommage.

     Ce roman fait parti d'un dyptique, du coup je vais essayer de lire son pendant : Le Poison d'Amour. Peut-être cette seconde lecture donnera-t-elle un éclairage nouveau sur cette lecture ?

     Ce qui dans un sens me rassure, c'est que je ne suis pas la seule à avoir un avis mitigé sur cet ouvrage. Je vous invite cependant à lire, le court nombre de pages ne vous engage pas à grand chose, et à vous faire votre propre avis par vous-même. N'hésitez pas à me dire ici ce que vous en avez pensé, si vous avez aimé ou non ce texte et pourquoi.



jeudi 24 août 2017

Je peux très bien me passer de toi - Marie Vareille

Je peux très bien me passer de toi, de Marie Vareille

318 pages
Editions Charleston
Parution : Juin 2015

4ème de couverture :
    Chloé, 28 ans et Parisienne jusqu'au bout des ongles, enchaîne les histoires d'amour catastrophiques. Un jour, elle conclut un pacte avec son amie Constance. Chloé devra s'exiler en pleine campagne avec l'interdiction d'approcher un homme et réaliser son rêve de toujours : écrire un roman. Constance, incorrigible romantique, s'engagera à coucher le premier soir avec un parfait inconnu.
    De Paris aux vignobles du Bordelais en passant par Londres, cet étrange pari entraînera les deux amies bien plus loin que prévu... Réussiront-elles à tenir leur engagement ?


    J'avais envie d'une lecture fraîche et légère, et ce roman est tombé à point nommé. Je l'avais déjà vu passer sur la toile, il me semble me rappeler qu'il avait fait plutôt l'unanimité à sa sortie, alors pourquoi ne pas me laisser tenter lorsque je l'ai croisé à la bibliothèque ? C'est une des raisons pour lesquelles j'aime aller à la bibliothèque de ma ville : il y a une assez grande sélection de romans récents "légers" que je n'achèterais probablement pas sinon. Et quel plus grand plaisir que de varier ses lectures ? J'aime que la bibliothèque municipale soit complémentaire de la mienne.

    Chloé et Constance sont deux copines aussi différentes l'une de l'autre qu'il est possible de l'être. Leurs points communs : elles sont parisiennes, prises dans la tourmente de la vie et surtout à la recherche de l'homme qui saura partager leur vie. Si Constance est plutôt du genre timide et réservée, Chloé est tout son contraire. Mais timidité et exubérance ne cachent-elles pas le même mal-être ? le même besoin ? Celui d'être aimée et choyée ? 
    Un soir elle décide de passer un pacte : Constance devra se décoincer et Chloé apprendre à se poser. Facile à dire, moins à réaliser.
    Pour aider Chloé, Constance lui propose d'aller passer quelques semaines à la campagne dans la demeure de son oncle. Elle sait qu'en faisant cela, elle permet à Chloé de se rapprocher de la seule personne qui compte vraiment dans sa vie : sa mamie, actuellement en maison de retraite dans le village à côté de celui où réside son oncle. Retourner aux sources, changer d'air, retrouver l'amour et la tendresse de sa grand-mère ne peut qu'aider Chloé à couper les ponts avec les démons de son passé. Partir, pour mieux se reconstruire.
    Constance, quant à elle, décide de suivre une formation en séduction. Même si ça semble n'être qu'une expérience pas très sérieuse d'après le tract violet qu'elle a trouvé dans la rue, elle décide de s'investir à dans ses leçons, quitte à y laisser ses économies. Mais après tout, il faut bien commencer quelque part ... Et lorsque l'on est seule, que l'on vient d'expédier la seule amie de son âge que l'on ait au fin fond de la campagne, quelle autre solution pour sortir et rencontrer du monde ? Elle se fait violence pour ne pas abandonner et décide de voir ça comme un investissement sur elle-même ; et n'est-ce pas le meilleur sujet dans lequel investir ? Soi-même ?
    Il est vraiment amusant de suivre le parcours de ses deux femmes qui décident du jour au lendemain de changer de vie et de se changer elle-même. Le fait qu'elles le fassent à deux, qu'elles s'épaulent, rend la lecture encore plus plaisante.

    Marie Vareille a su donner vie à ce récit, nous rendre les personnages attachants et les décors enchanteurs. La maison de l'oncle est un vrai petit paradis hors du temps. Il est impossible lors de la lecture de ne pas rêver pouvoir nous aussi nous blottir sous l'énorme édredon rose, nous faufiler dans les longs couloirs accompagnés des courants d'air, nous abandonner dans la lecture d'un bon roman dans un des grands fauteuils de la bibliothèque et prendre un solide petit déjeuner dans la grande cuisine. Ce lieu est enchanteur et hors du temps. Il nous emmène avec lui dans un autre monde, presque un monde de contes de fées où tout est possible. Est-ce que tout y sera possible pour Chloé ?
    Le cadre de vie de Constance ne changeant pas vraiment, Marie Vareille a décidé de nous la raconter à travers le journal intime qu'elle tient durant toute cette expérience. Ce changement de ton et d'écriture apporte légèreté et fraîcheur au roman. Il lui donne de l'originalité et stimule le lecteur qui n'a aucune nvie de poser son livre. C'est réellement un roman qui se laisse dévorer. Un livre qui vous enveloppe comme un bon plaid.

    Marie Vareille, ne s'est pas contenté de nous narrer seulement le pari des deux amies et la façon dont elles le vivent. Elle a su trouver toute une foule de petites histoires, aventures, rencontres, anecdotes, à glisser dans le parcours des deux amies. Une histoire trop linéaire n'aurait pas été réaliste, soyons honnête. Là, elle a su faire en sorte que ça marche, que ce soit crédible. Elle prend le temps de faire des détours, et ce pour notre plus grand plaisir.

    Ce roman est une lecture douce, où chacune saura facilement se retrouver. Je vous conseille ce roman un après-midi de pluie, avec un bon plaid, une tasse de thé et une assiette de petits gâteaux, pour un vrai moment de cocooning. 

    Ça doit être génial d'être Sophie, d'avoir trois ans, d'avoir Charlotte pour maman. De ne pas savoir ce que c'est qu'un smartphone, un tampax, une capote, un shot, une vie qui défile tous les jours un peu plus vite et qu'on est en train de rater. De croire dur comme fer que le marchand de rêves de la rue des Étoiles vous attend pour vous emmener très loin sur sa moto volante ...

    - Ne fais pas comme ta mère, Chloé, Dieu sait qu'elle n'aurait jamais dû épouser mon fils et tu lui as suffisamment reproché d'avoir fait le mauvais choix. Il faut que tu te maries, mais pas avec lui. Lui, il est gentil, mais il n'est là que quand ça va bien, et pfiiiout ! quand ça va mal, c'est les abonnés absents.
- C'est de ma faute, je ...
- Ce n'est pas la question. Ca fait deux ans que tu es triste comme Marie-Madeleine. Quoi que tu aies fait, si ça ne marche plus entre vous, ça ne marche plus et c'est tout. On ne peut pas tout réparer. Souvent ça ne suffit pas de s'aimer ou d'être désolé. Il faut que tu construises une famille avec quelqu'un de bien. Il ne faut pas que tu restes toute seule. C'est dangereux la solitude, il faut savoir dépendre des autres, avoir besoin d'eux, c'est ça qui rend heureux.

    Toi aussi, tu auras une jolie vie, mais il faut le décider.

    Tu es une fille extraordinaire, souviens-toi d'Oscar Wilde : ne tombe jamais amoureuse de quelqu'un qui te traite comme si tu étais ordinaire.

mardi 22 août 2017

La femme qui décida de passer une année au lit - Sue Townsend

La femme qui décida de passer une année au lit, de Sue Townsend

446 pages
Editions Charleston
Parution : Février 2015
Traduit de l'anglais par Fabienne Duvigneau

4ème de couverture :
    Le jour où ses jumeaux quittent la maison pour entrer à l'université, Eva se met au lit... et elle y reste. Depuis dix-sept ans que le train de la vie l'entraîne dans une course effrénée, elle a envie de hurler : « Stop ! Je veux descendre ! ». Voilà enfin l'occasion.
    Son mari, Brian, astronome empêtré dans une liaison extra-conjugale peu satisfaisante, est contrarié. Qui lui préparera son dîner ? Eva ne cherche qu'à attirer l'attention, prétend-il. Mais la rumeur se répand et des admirateurs par centaines, voyant dans le geste d'Eva une forme de protestation, se pressent sous la fenêtre de sa chambre, tandis que son nouvel ami, Alexander, l'homme-à-tout-faire, lui apporte du thé, des toasts, et une sollicitude inattendue. Depuis les confins de son lit, Eva va trouver le sens de la vie, rien de moins ! 


    Avouez qu'un titre pareil, cela vous vend du rêve ! Vous vous attendez à quelque chose de grand, de fou et d'original. Non ? C'était en tout cas mon cas ; et le résumé ne semblait pas contrecarrer mes attentes, alors j'ai sauté sur l'occasion de le lire.
    Je vais être honnête dès maintenant avec vous, j'ai été déçue. Déçue sur tout la ligne. Il a même fallu que je me force pour venir à bout des presque 450 pages, avec sans cesse ce sentiment de "Tout ça pour ça ?!".

    Dans ce livre nous suivons le quotidien d'une famille où la mère décide de se mettre au lit pour un an, sans plus s'occuper ni de sa maison ni de ses proches. Elle qui a toujours été à l'écoute de chacun, prévenant chacun de leur manque, chacune de leurs envies, en a assez : elle souhaite que le vent tourne, que pour une fois ce soit les autres qui s'occupent d'elle.
    En soi l'idée de départ est intéressante, voir amusante. Mais ici cela ne fonctionne pas. Dans cette famille, le dialogue est rompu depuis longtemps, les membres vivent les uns à côté des autres sans se confier ni se voir vraiment. Pourquoi ne pas avoir parler de cette lassitude de la mère ? Pourquoi ne pas expliquer sa position ? Car concrètement, elle agit sur un coup de tête, sans plus d'explications, sans mettre de mots sur son mal-être que du coup personne ne comprend. Admettons, qu'elle essaye tout de même, au cas où quelqu'un finisse par comprendre, mais devant l'incompréhension générale pourquoi ne pas avoir réagit ? Pourquoi imposer ce lourd fardeau à sa mère déjà vieille et souffrante, qui du coup ne peut prendre le temps de se soigner ?
     L'idée originale du départ, c'est transformé en mur d'égoïsme, où l'auteur semble nous dire que cette femme est à plaindre. Certes elle l'était sûrement au départ. C'était une femme fatiguée, usée par ses années d'attention envers ses enfants, mais n'est-ce pas le rôle d'une mère ? Si elle a oublié d'être femme, si elle s'est noyée dans les obligations sociales, c'est qu'elle l'a bien voulu également dans un sens, elle a laissé faire, elle a laissé cette vie devenir la sienne sans réagir. Finalement ne fait-elle pas simplement une crise de la cinquantaine ? ou une dépression ? que personne autour d'elle ne semble percevoir et encore moins comprendre.
    Entêtée et fière, elle se laisse dépérir, voulant attirer l'attention de sa famille sans rien leur dire. Mais ne dit-on pas que les hommes viennent de mars et les femmes de vénus, et que du coup ils sont incapables de se comprendre si l'autre ne s'exprime pas clairement ?
    C'est toute cette phase qui m'a le plus agacée : cette description de femme martyre. Pour moi elle n'est martyr de rien que de la situation dans laquelle elle s'est elle-même mise et qu'elle pourrait quitter afin de reconstruire une vie nouvelle, une vie joyeuse où elle ferait ce qu'elle veut comme elle l'entend.
    Se planquer au fond de son lit et tout attendre des autres n'est-ce pas avant tout de la lâcheté vis-à-vis de soi ? une envie de se faire plaindre sans prendre le temps de se remettre en question ? Bref vous l'aurez sans doute compris, le comportement de cette femme m'a profondément agacée. Je crois que je n'avais jamais lu un texte aussi empli d'égoïsme. Et cette mère qui voudrait nous montrer celui des membres de sa famille, ne réalise pas que le sien est mille fois plus important.

    Si au niveau de l'histoire, je n'ai pas été convaincue, j'ai été déçue par l'écriture. Sur la couverture on nous promet de l'humour, presque de la légèreté : je le cherche encore. Je n'ai rien trouvé de drôle ou d'amusant dans ce roman ; pas une seule ligne, et Dieu sait pourtant que je suis bon public... Mais je veux bien laisser le bénéfice du doute à Sue Townsend sur ce point, peut-être ce roman n'est-il pas le meilleur qu'elle ait écrit et peut-être la traduction ne rend-elle pas l'humour de la romancière. Peut-être que jeux de mots et tournures de phrases se sont perdus en passant d'une langue à l'autre. Dans un sens il est toujours difficile de juger de la qualité d'une écriture lorsqu'on ne la lit pas dans la langue originale... bien qu'il y est des traductions magnifiques de textes magnifiques, cela va sans dire. Mais, sur ce point, je préfère tout de même accorder le bénéfice du doute à l'auteur.

    En repensant au texte, à l'histoire, je me suis souvent demandée où l'auteur voulait en venir, avec cette femme qui s'enferme dans sa chambre, qui en barricade les accès, qui la vide de toute chose, qui la peint en blanc, qui la plonge dans le noir. Qui ferait une telle chose et pourquoi ? Et je me suis demandée si à travers ce comportement, Sue Townsend ne cherchait pas une métaphore de l'enfermement mental dans laquelle se glisse petit à petit les dépressifs ? Fermer sa chambre comme l'on ferme son esprit aux autres. Se laisser dépérir parce qu'on n'a plus l'envie de vouloir, et se laisser ainsi glisser sur une pente d'autodestruction jusqu'à ce que quelqu'un un jour force la porte et oblige le malade à ré-allumer la lumière dans son existence.
    Il m'a fallu du temps pour comprendre que c'est sûrement ce que l'auteur a voulu nous dépeindre de façon malhabile. Parce que, pour être honnête, c'est loin d'être évident lors de la lecture et je pense que beaucoup de lecteurs ont du passer à côté de cette volonté de métaphore. Et au final, quel dommage. L'idée de départ était tellement bonne, cela aurait pu faire un si formidable texte ... mais il se perd hélas dans des détours, des descriptions qui au lieu de servir l'idée centrale, ne fait que s'en détourner le lecteur et le perdre totalement  dans la futilité.
    Il faut reconnaître que l'exercice était difficile, l'idée ambitieuse, et je regrette profondément que Sue Townsend n'ait pas réussit à nous faire passer son message.

    Je ne sais pas si je peux conseiller ou non cette lecture. Peut-être que cette chronique pourra aider le lecteur a mieux comprendre l'histoire et à décoder l'idée sous-jacente de l'auteur, et à lui faire profiter pleinement du texte ... peut-être.

    - Depuis que je sais lire, je m'en sers comme d'un anesthésiant. J'ai tout oublier de la naissance des jumeaux, je me rappelle seulement le livre que je lisais.

lundi 21 août 2017

En attendant Bojangles - Olivier Bourdeaut

En attendant Bojangles, de Olivier Bourdeaut

159 pages
Editions Finitude
Parution : Janvier 2016

4ème de couverture :
    Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n'y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
   Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c'est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C'est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Melle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l'appartement. C'est elle qui n'a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
    Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l'inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
    L'amour fou n'a jamais si bien porté son nom.


     Pour être honnête, la première fois que j'ai croisé ce livre et que j'en ai lu le résumé, je ne pensais pas qu'il ferait un tel bruit. La couverture, un brin désuète ne semblait pas promettre un chef d'oeuvre. Je me disais que je le lirais éventuellement plus tard. Et puis les mois ont passé, et ce livre, loin de tomber dans l'oubli, apparaissait partout sur la toile, dans les librairies, dans les magazines et les lecteurs étaient enchantés de leur lecture. Il ne m'en fallait pas plus, ma curiosité était à son paroxisme et j'ai décidé le lire dès qu'il croiserait ma route. Et grand bien m'en a pris ! Ma seule question, pourquoi ai-je attendu si longtemps ?

En attendant Bojangles est un roman poétique, drôle, profondément humain, comme il en existe peu. C'est un roman qui ne ressemble à aucun autre, à la fois de par son histoire et par son écriture.

    Dans ce livre, nous suivons la vie d'une famille pas comme les autres, qui vit chaque seconde à fond, sans se préoccuper du quand dira-t-on. La mère est une grande fantaisiste pleine de joie de vivre, qui entraine son mari et son fils dans une fête perpétuelle. Avec elle, tout prend une saveur différente, rien n'est banal ou ennuyeux. Elle invente le monde et c'est ce qui fait tout son charme. C'est d'ailleurs ce qui a séduit son mari dès leur première rencontre. Dès les premières pages on a envie de les suivre, envie de partager leur existence, d'offrir de la légèreté et de la fantaisie à notre vie. Tout parait si facile avec eux.
    Mais la vie peut-elle n'être que fantaisie ? Peut-on vivre sans se préoccuper de ce qui se passe autour de nous ? Que cache tout ceci ?

    Olivier Bourdeaut a choisi de donner la parole à ce petit garçon, émerveillé par la vie qu'il vit, mais qui semble grandir plus vite qu'il ne devrait. Il savoure chaque instant, comme s'il savait que derrière tout cela se cachait quelque chose de dévastateur qui le dépasse, mais qui finira par tout emporter sur son passage.
     J'ai aimé que ce petit garçon donne à son tour la parole à son père, à travers les pages du journal intime de celui-ci. Grâce à cela, le récit devient plus léger, on découvre un homme amoureux fou de sa femme, qui n'a qu'une envie : les rendre heureux elle et leur enfant.
    Mais au travers des pages de ce journal, il laisse entrevoir quelque chose, mais sans jamais poser les mots dessus. Quelque chose qui interpelle si doucement le lecteur qu'il n'en prend conscience que quand tombent les masques, lorsqu'il est finalement déjà trop tard pour comprendre. Mais ça ne fait rien, la magie a déjà fait son œuvre et rien ne saurait la ternir, que ce soit pour le lecteur ou pour cette famille. Père et fils se serreront les coudes et décideront coûte que coûte que la vie doit rester cette fête qu'ils ont toujours connue, et ce malgré les difficultés, même en sachant que rien n'est éternel.

    J'ai aimé la plume d'Olivier Bourdeaut à la fois légère et incisive. Il sait mêler humour et poésie à chaque instant, rendant ce livre léger comme un jour de fête. C'est un roman qui se dévore ; dans lequel il est bon de s'abandonner totalement.
    Ma plus grande déception est de ne pas avoir pu le lire d'une traite. Lu en une seule fois, il doit vous emporter, vous enrober, vous coller à peau et vous emporter dans un tourbillon de joie.
  
     Je ne comprends pas toujours l'engouement général pour tel ou tel ouvrage, mais je l'ai compris pour celui-ci. Ce roman avait tout pour plaire. C'est une histoire inédite servie par une plume superbe, qui a tout pour séduire son lecteur. C'est un roman que l'on prend plaisir à lire ; et si ce n'est pas encore fait, je vous invite du fond du cœur à le lire, vous ne sauriez être déçu.

    - Mon petit, dans la vie, il y a deux catégories de personnes qu'il faut éviter à tout prix. Les végétariens et les cyclistes professionnels. Les premiers, parce qu'un homme qui refuse de manger une entrecôte a certainement dû être cannibale dans une autre vie. Et les seconds, parce qu'un homme chapeauté d'un suppositoire qui moule grossièrement ses bourses dans un collant fluorescent pour gravir une côte à bicyclette n'a certainement plus toute sa tête. Alors, si un jour tu croises un cycliste végétarien, un conseil mon bonhomme, pousse-le très fort pour gagner du temps et cours très vite et très longtemps !

   - Si l'enquête piétine à Paris, ils ne sont pas près d'arriver ici ! C'est déjà long en voiture ou en avion, alors en piétinant ça peut prendre très, très longtemps.

    Ils volaient mes parents, ils volaient l'un autour de l’autre, ils volaient les pieds sur terre et la tête en l'air, ils volaient vraiment, ils atterrissaient tout doucement puis redécollaient comme des tourbillons impatients et recommençaient à voler avec passion dans une folie de mouvements incandescents. Jamais je ne les avais vus danser comme ça, ça ressemblait à une première danse, à une dernière aussi. C'était une prière de mouvements, c'était le début et la fin en même temps. Ils dansaient à en perdre le souffle, tandis que moi je retenais le mien pour ne rien rater, ne rien oublier et me souvenir de tous ces gestes fous. Ils avaient mis toute leur vie dans cette danse [...]