mercredi 19 juin 2013

Le Violon d'Auschwitz, Marie Angels Anglada

Le Violon d'Auschwitz, de Maria Angels Anglada

Traduit du catalan par Marianne Millon
140pages
Editions Stock, La Cosmopolite
Année de parution 2009

4ème de couverture :
Auschwitz. 1944. Les privations et les coups. Les humiliations s'enchaînent, les hommes, traités comme des chiens, n'existent aux yeux de leurs persécuteurs que comme de la main-d'oeuvre peu chère. Un prisonnier juif, Daniel, y lutte pour la survie de son âme. Surprenant un concert organisé par Sauckel, le commandant du camp, Daniel révèle son talent de luthier pour sauver son ami Bronislaw, violoniste de génie accusé à tort d'avoir joué faux. Il va alors être mis à l'épreuve et devoir construire un violon imitant le son d'un Stradivarius, comprenant vite que de cet instrument dépend leur salut... Composant un mélange subtil entre réalité et fiction, des documents historiques - lettres, rapports - viennent interrompre le récit à la manière de pauses glaçantes. Dans la tradition littéraire d'un Primo Levi, l'auteur mène une danse effroyable entre l'horreur de la barbarie et le sublime de la musique. Ou l'art comme possibilité de faire vivre la mémoire.

      Tout d'abord une petite mise en garde concernant cette édition : il apparait qu'une série d'ouvrages ont été édités avec une erreur : la page 51 est remplacée par un copie de la page 15. Et cela pose un sérieux problème dans la lecture car il s'agit justement de la page où l'aventure bascule ! Donc avant de vous procurer cette édition, pensez à vérifier le volume que vous avez entre les mains.

      En me promenant dans les rayonnages de la bibliothèque je l'ai croisé par hasard, et comme j'en avais entendu parler quelques années auparavant, je me suis dit que se serait l'occasion de le lire.

      L'originalité de cet ouvrage se veut dans le fait que chaque chapitre s'ouvre sur un extrait de documents administratifs du camps de Auschwitz.  Documents bien choisis pour leur briéveté et le concentré d'horreur qu'ils contiennent.
     
      L'histoire ne s'ouvre pas sur le camps de concentration. On entre dans le livre par le biais d'un violoniste qui rencontre une autre violoniste dans le conservatoire de Cracovie. Et forcément deux violonistes ne peuvent parler que musique et violons ! Et justement celui de la demoiselle intrigue beaucoup notre violoniste. Comme il semble s'intéresser à l'instrument elle lui dit avoir été réalisé par son oncle Daniel, et ne pouvant en dire plus, elle lui fera passer une liasse de photocopies, parlant de l'histoire du violon on le suppose. 
A partir de là, le décor change, nous sommes a Auschwitz, nous rencontrons Daniel. Nous le ramassons à la sortie de la cellule d'isolement et nous le suivons à l'atelier de menuiserie du camps, dans les baraquements, dans sa vie de tous les jours. Une vie routinière où il faut garder espoir pour tenir, où les amis sont plus précieux que tout, et où l'on s'accroche à son peu de souvenirs. Le hasard des choses le fera entrer dans la maison du commandant et c'est là que sa vie va basculer. Comment les choses se sont exactement passées je ne saurai vous dire à cause de la page manquante dans l'édition (grrrr !). Qu'est-ce qu'on a envoyé Daniel faire dans la maison du commandant un soir de fête ? Aucune idée. Toujours est-il qu'il s'interposera et sauvera la vie d'un violoniste, et que cela le replongera au coeur de son ancien métier : luthier de violons, en plein coeur du camps de concentration.  
    
     L'auteur est partie d'une belle idée : celle de l'art comme moyen de tenir bon dans l'horreur des camps. Mais j'ai peur que cela ne suffise pas. Je trouve l'histoire un peu tirée par les cheveux. Autant j'ai apprécié le soin apporté au détail du métier de luthier, où l'on ressentirait presque les sensations du personnage dans les descriptions, autant le reste m'a paru froid et presque surfait. Pour moi ça ne fonctionne pas.
     Ce livre est une pure fiction écrite sur le même principe que le témoignage de Primo Levi. Sauf que ce qui marche pour ce dernier dans son œuvre, c'est qu'il maitrise le sujet, il en vient, il sait mettre des mots justes sur chaque chose, sur chaque douleur et chaque ressenti. Maria Angels Anglada ne peut que s'imaginer les choses. Et si l'écriture décousue et imparfaite de Si c'est un homme ne gêne pas lors de la lecture de celui-ci, le même principe ici est désagréable. Les données sont éparpillées, incomplètes. La tentative de glisser des documents réels a l'air d'avoir été une bonne idée, car après lectures de différentes chroniques sur ce livre, il en ressort toujours que ce sont ces petits extraits qui donnent le ton de l'horreur du camps et qui rappelle le lieu où se situe l'histoire.
     Si l'on ne doit retenir de ce livre que l'amour de son travail du personnage principal et ces extraits de documents cela fait fort peu.
     
     Parler des camps de concentration est un sujet très sensible, on peut souligner l'audace de cet auteur de s'y être essayer, mais je crois qu'il vaut mieux laisser ceux qui en sont revenus en parler eux-même. Il existe une foule de témoignage à lire qui sont bien plus enrichissants à lire.

     Donc, non, je ne conseille pas la lecture de ce livre, je préfère vous rediriger vers Primo Levi, Semprun et tous les autres.

     "Il redevenait lui-même, pas un numéro, pas un objet de moquerie : il était Daniel, facteur de violons de son métier. A cet instant, il ne se souvenait que de son travail - sa fierté."

    "Il sortit de la menuiserie derrière ses compagnons de travail ; il avait toujours la même impression : dès qu'il quittait l'atelier, où il avait retrouvé la sensation d'être vivant, c'était comme s'il pénétrait éveillé dans le grand cauchemar, entre les tentacules visqueux du monstre." 

     " Et maintenant, d'un coup, en entendant de loin les cris contre les arrivants, il s'émerveilla que son cœur ne fût pas mort aux autres, qu'il y poussât comme de l'herbe en terre fertile, pas sur des friches, une profonde compassion. Malgré le sourire forcé du matin, malgré les mois passés dans le froid et la faim, les bleus dus aux coups, les menaces, l'effort consacré à ne plus s'étonner de rien, à étouffer ses cris quand on le frappait, à ne pas trop réfléchir à ce qui ne concernait pas l'avenir immédiat, son coeur était vivant." 

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