mardi 19 juillet 2016

Olivia - Dorothy Bussy

Olivia, de Dorothy Bussy

134 pages
Editions Mercure de France, Collection Bibliothèque Etrangère
Parution : Juin 2016
Traduit de l'anglais par Roger Martin du Gard et l'auteur


4ème de couverture :
     En relevant la tête, j’ai rencontré son regard fixé sur moi. Sans réfléchir, sans avoir prémédité mon geste, j’ai cédé à une impulsion inconnue d’une violence irrésistible et je me suis tout à coup trouvée à ses genoux, couvrant ses mains de baisers et répétant à travers mes sanglots : « Je vous aime ! Je vous aime ! Je vous aime ! » Je sentais sous mes lèvres la douce chaleur de sa peau, la dureté de ses bagues
     Venue parachever son éducation en France, Olivia, une jeune Anglaise de seize ans à peine, va être subjuguée par la directrice de son école, la très belle Mlle Julie qui lui fait découvrir la poésie, le théâtre, la peintureRien de plus vrai, de plus frais que ce premier amour d’une adolescente entraînée sans défense dans une aventure qui la dépasse. Mais si elle sait très bien jouer avec les sentiments exaltés de sa jeune élève, Mlle Julie vit en même temps une autre passion. Avec pour seules armes sa candeur et sa pureté, Olivia va se retrouver au cœur d’un drame. « Lyrisme passionné, spontanéité qui jamais n’échappe au contrôle, goût parfait, tels sont les caractères distinctifs de l’art de l’auteur », a écrit Rosamond Lehmann, qui ajoutait : « c’est pourquoi Olivia est une des rares œuvres que je relirai avec la certitude de n’en avoir jamais épuisé le suc. »
      Quand Olivia parut en Angleterre en 1949, simplement signé « par Olivia », ce fut un succès immédiat. On sait aujourd’hui que l’auteur se nommait Dorothy Bussy, qu’elle était la sœur de Lytton Strachey, et une grande amie de Virginia Woolf et d’André Gide qu’elle traduisait en anglais. Née en 1865 et décédée en 1960, elle n’a écrit que ce mince roman devenu un classique. 

    Me plonger dans ce livre a été comme me plonger dans un bon bain tiède après une longue journée. Ce fut une lecture plaisante, douce comme une caresse, pleine de sensibilité et de retenue.
    Dorothy Bussy nous ouvre une porte feutrée pour nous faire pénétrer dans le calme et la douceur d'un pension de jeunes filles du début du siècle dernier. "Douceur" et "pension", ce n'est pourtant pas la première association de mots qui nous vient à l'idée, mais pour Olivia c'est le cas. Certes, elle est dans une école particulière avec peu d'élèves uniquement issues de grandes familles, donc ayant reçu une très bonne éducation. Mais Olivia vit à travers le prisme de l'amour, sa fascination pour Melle Julie, l'une des directrices enveloppent son quotidien de bonheur, de douceur, de rêve et de ravissement.
    Si vous cherchez quelque chose de scandaleux : passez votre chemin ! Tout dans ce récit est contenu. La retenue est une règle chez les jeunes filles de bonne éducation, et les transports amoureux ne débordent jamais. La pudeur est reine, et si la tempête des sens se réveille en soi-même, il est de bon ton de n'en rien laissé paraître. C'est aussi l'époque où l'on savait se contenter de peu, et où chaque geste était apprécié à sa juste valeur. Une main donnée, valait autant qu'un baiser passionné, et celui qui avait la joie de la tenir se sentait si privilégié et heureux qu'il n'aurait osé demander plus. Qu'il est loin ce temps-là...
    Dans ce monde où tout va trop vite, où l'amour est bafoué, consommé ; où on ne lui laisse plus le temps de se construire, et de nous emporter petit à petit ; relire les livres anciens fait un bien fou et semble nous reconnecter avec notre romantisme. Car oui c'est bien de cela dont il s'agit ici : du romantisme, poussé à l'extrême par l'innocence de l'adolescence qui ignore tout des jeux de l'amour.
    Qui peut lire ce livre sans se rappeler sa propre adolescence ? ou du moins son enfance ? Lorsque amoureux, il attendait un sourire, un mot, une attention de l'être aimé, auquel jamais il n'osait se déclarer ? Qui n'a pas rêvé de l'amour pur et parfait à cette période de sa vie ? Lorsque l'innocence était encore à ses côtés ?

    Olivia est attachante dans sa légèreté et dans sa naïveté, elle aime entièrement et passionnément. C'est une adolescente romantique, qui se surpasse pour qu'on la remarque, pour qu'on l'aime. Quand l'amour nous permet de nous améliorer pourquoi lui résister ?
    Melle Julie quant à elle demeure une figure assez mystérieuse. Elle nous est décrite à travers les yeux d'Olivia, donc de façon partiale et partielle. Elle semble être une femme douce, charismatique, de grande beauté et cultivée. C'est aussi une femme droite et fidèle. Lors de la lecture, on peut s'interroger sur la relation qu'elle entretient avec Melle Cara, dépeinte elle sous des traits assez désagréables, il faut bien l'avouer. Mais au final qu'importe que cette relation soit d'une intense amitié ou de nature amoureuse ? Cela ne change rien à la loyauté de Melle Julie envers Melle Cara, ni les sentiments d'Olivia.

    A travers l'écriture, on retrouve bien cette petite caractéristique du roman anglais. Je n'ai encore jamais lu Virginia Wolf, lacune que je tâcherais de combler rapidement, mais la comparaison peut se faire avec Jane Austen ou les soeurs Brontë. On est dans la pudeur anglaise et la retenue de la même façon, même si la pension de Melle Julie se trouve en France.

    C'est une agréable lecture, et un roman qui gagne à être connu. Je le conseille à tous les fans de Jane Austen et de littérature anglaise. C'est une petite gourmandise littéraire à déguster avec un grande théière de thé noir. 

    J'ai mis à profit ce morne et vide hiver pour composer ce récit. Je l'ai écrit sans modestie comme sans fatuité, sans autre but que ma satisfaction personnelle, sans me soucier d'autrui, sans m'inquiéter de peiner ou de scandaliser les vivants, sans me laisser retenir par des scrupules envers les morts.
    Les pires calamités planent sur le monde. Je ne l'ignore pas ; je suis aussi préoccupée que quiconque des bouleversements sociaux qui nous ont happés et nous roulent dans leurs vastes remous, de l'effroyable déluge qui peut-être s'apprête à nous engloutir. Mais que puis-je contre ces menaces ? Dans le chaos de cette tempête qui nous assiège de toutes parts, j'ai cherché un refuge momentané sur ce frêle radeau, construit avec les épaves du souvenir ; et, tant bien que mal, j'ai tenté de le conduire jusqu'aux eaux sereines de ce port qui s'appelle l'art, et auquel je n'ai cessé de croire ; j'ai fait ce que j'ai pu pour éviter les récifs et les bancs de sable qui en défendent l'accès. 

    - Ah ! Voilà Olivia ! Approche, ma chère petite. Assieds-toi près de moi, et dis-moi si tu as des nouvelles de ta chère maman.
    La voix était toute douceur et caresse ; les manières, engageantes et pleines d'affection. Ces dames, qui m'avaient connue enfant, me tutoyaient depuis toujours, et cela me faisait plaisir. J'aimais cette habitude française, qui ajoutait à leurs propos cette nuance exquise de tendresse que l'anglais, hélas ! avec son immuable vousoiement, sera toujours incapable d'exprimer.

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