dimanche 29 janvier 2017

Madame Bovary, le procès de Flaubert - Joseph Vebret

Madame Bovary, l'oeuvre condamnée, présenté par Joseph Vebret

95 pages
Editions Librio
Année de parution : 2009

4ème de couverture :
Les grands procès de la littérature
Les plus subversifs dossiers de l'histoire littéraire !
Les comptes rendus d'audiences et les extraits des oeuvres incriminées lèvent le voile sur les contradictions des moeurs d'une époque. Une façon moins classique d'étudier ces chefs-d'oeuvre de la littérature.

En 1857, Flaubert voit s'abattre sur lui les foudres d'un procureur zélé, Ernest Picard. Accusé "d'offense à la morale publique et à la morale religieuse", l'écrivain doit défendre ce qui deviendra un des plus grands romans de son époque.
Asseyez-vous sur les bancs d'une salle d'audience du XIXème siècle et mettez-vous dans la peau d'un auteur sous le second Empire.


    Le 29 janvier à 11 heures s'ouvre le procès de Madame Bovary dans une salle comble. Il y a là les amis de l'auteur, des écrivains, des critiques, l'équipe de La Revue de Paris, des curieux. Flaubert est fatigué, il paraît bien plus que ses trente-quatre ans. Il porte un habit venant du meilleur couturier de la capitale. 

    A la lecture de Madame Bovary, il nous paraît bien étrange que ce roman ait pu soulever tant de controverses, au point d'être accusé d'offense à la morale publique et à la morale religieuse. A la lumière du XXième siècle, ce livre parait bien innocent. Certes Emma Bovary est une femme adultère, mais rien de ses actions n'est détaillé. Mais n'est-ce pas ce qui est voilé, ou tout juste suggéré qui est le plus sujet à fantasmes ? C'est en tout cas ce que retient le procureur et c'est sur cette base qu'il attaque l'oeuvre de Flaubert. Il faut se rappeler que l'oeuvre est tout d'abord parue en six fois dans La Revue de Paris, plusieurs passages ayant été coupés, et les coupes signalées.
    Si le lecteur est libre d'imaginer ce qui se passe dans le fiacre entre Emma et Léon, où dans la chambre du vicompte ou dans la chambre de l'auberge, son imagination s'en trouve décuplée du fait des passages coupés, et qu'il le sait. Flaubert n'évoque jamais la chair, à peine s'il nous décrit un geste entre Emma et ses amants, situant l'adultère davantage dans la conscience et le psychologique. D'ailleurs si Emma s'y plonge s'est avant tout par désœuvrement et espérance d'une vie plus palpitante, si souvent elle se l'évoque c'est dans son esprit ou pour s'en trouver honteuse.
    Mais soyons honnête, une femme adultère qui "cherche à l'être" parait bien immoral pour l'époque. Cependant c'est une conclusion que l'on peut tirer après une lecture rapide et peu approfondie de l'oeuvre. Car en réalité, Emma ne trouve pas le bonheur, quoi qu'elle fasse pour l'obtenir ; au contraire elle attire sur elle les oiseaux du malheur, menant son couple et sa famille à la ruine. Tant et si bien que la vie lui en devient insupportable. Le suicide étant violemment rejeté par l'Eglise, Flaubert prend grand soin à rendre l'agonie longue, douloureuse et honteuse. Toujours il prend soin de punir son personnage.
    L'oeuvre accusée d'être immorale, l'est bel et bien pourtant ; et c'est même dans ce but là que Flaubert l'a écrite. Il dénonce le fait que l'on ne peut attendre d'une femme qu'elle se complaise dans une vie simple de campagne lorsqu'elle a reçu une haute éducation l'amenant à réfléchir et à côtoyer le monde. Cela étant également vrai pour les hommes. Comment être heureux à la ferme quand on a suivi des cours de latin, de lettres et de mathématique, dévoré des romans et essais, et aiguisé sa réflexion et son imagination ?! Situation toujours un peu vrai de nos jours.

    Voilà une partie de ce que l'on apprend à la lecture de ce petit document. Acquis il y a trois ou quatre ans, c'était l'occasion rêvée de le sortir et d'en apprendre plus. Il est parfois difficile de comprendre ce qu'un livre pouvait avoir de choquant et/ou d'innovant à son époque avec notre regard moderne. Approfondir le sujet a été presque plus captivant que de lire l'oeuvre elle-même.

    Dans ce petit bouquin, Joseph Vebret retrace rapidement la vie de Flaubert, nous narre comment est née Madame Bovary, nous situe l’œuvre dans son époque historique et littéraire, et son assignation à comparaitre devant la cours. Des passages entiers de l'accusation nous sont donnés à lire, ainsi qu'un bon morceau de la défense. Il nous conclut avec le verdict.

    J'ai grâce à ce livre découvert ce que le roman avait de si innovant, en quoi Flaubert était un précurseur ; sans lui je dois dire que je serais passée à côté de beaucoup de choses. Si Madame Bovary est une lecture agréable, un classique parmi d'autres pour moi, je sais ce qui en fait une grande oeuvre et dans mon esprit cela fait une grande différence.
    Je suis curieuse de découvrir Flaubert dans d'autres de ses écrits, et je sais que je vais à présent y chercher cette couleur réaliste qu'il y a ajouté.

    Si vous souhaitez en apprendre plus sur cette œuvre, je ne peux que vous conseiller ce petit document : simple, concis, accessible, il se lit vite et est très complet.

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