mercredi 9 mars 2016

Journal d'un vampire en pyjama - Mathias Malzieu

Journal d'un vampire en pyjama, de Mathias Malzieu

226 pages
Editions Albin Michel
Parution : 27 janvier 2016


4ème de couverture :
     Me faire sauver ma vie est l'aventure la plus extraordinaire que j'aie jamais vécue.








    Mathias Malzieu fait partie de ces auteurs à qui je fais 100% confiance. C'est donc tout naturellement que j'ai dévoré son dernier livre. La première fois que j'ai lu un livre de cet auteur, j'ai été charmée par ses mots, par les émotions qu'il transcrivait sur le papier et par son humour, bien avant de savoir qu'il s'agissait du chanteur de Dyonisos. De la même manière que j'ignorais qui il était cette fois-là, j'ignorais également qu'il avait été gravement malade. C'est donc complètement à l'aveugle que j'ai commencé ma lecture, sûre d'une seule chose : j'allais passé un bon moment.

    Avant qu'il ne le mentionne dans ce livre, je n'avais jamais réalisé que tous ses romans étaient en grande partie autobiographique, basés sur des éléments de sa vie, enrichis de son imaginaire. Mais sont-ce seulement ses livres qui le sont, où ne vit-il pas une grande partie de sa vie à travers son imagination ? Faisant des liens entre les choses, des projections et ramenant tout à l'enfance et au jeu ? A la lecture de ce récit, on peut se poser la question, mais on ne peut qu'espérer que cela soit encore pendant longtemps, car c'est ce qui fait sa force et son charme.

    Comment imaginer que sous un titre aussi amusant se cache en réalité une maladie aussi grave ? Durant toute sa descente aux enfers et sa convalescence, Mathias Malzieu a tenu une sorte de petit journal, narrant ce qui lui arrivait avec tout l'humour dont il est capable. C'est comme si dès le départ, il avait compris qu'il lui arrivait un truc exceptionnel, et que dès le départ il avait su qu'il en ferait un livre et un album. Non pas pour vendre, mais parce que la création est pour lui une façon d'affronter les évènements, une bouée de sauvetage, un repère et un but. Lorsque l'on commence à écrire un livre : on veut aller au bout, aller voir se qui se passe à la fin, coûte que coûte ! Surtout ne pas laisser tomber en route. C'est la création qui l'a toujours porté. Certes il est sûrement plus plaisant de prendre une histoire d'amour pour base, mais on ne choisit pas ce que la vie nous donne, et chaque épreuve nous enrichit.
    Dans ce récit il nous raconte tout : l'annonce, les mini-objectifs qu'il se fixe, les difficultés physiques, son amour pour a femme qui le soutient, le délabrement du corps, le fourmillement de l'esprit, ses passages en chambre stérile, ses doutes et ses espoirs, ses petits combats quotidiens. Il se livre sans réserves, tout en gardant une grande part d'intimité personnelle. Mais l'homme que nous y découvrons est attachant. Il reste dans le naturel, l'humour et une certaine désinvolture, que je suis sûre le caractérise au quotidien.

    J'aime ce regard très enfantin qu'il semble poser sur la vie. Il est obstinément optimiste, mais loin d'être raisonnable ; et voit le beau et l'amusant en tout. Même si le sujet est grave, c'est un livre qui fait du bien, simplement parce que l'auteur y a mieux tout ce qu'il y avait de positif en lui.
    La maladie est lourde à vivre, alors pourquoi s'alourdir la vie davantage alors qu'un simple trajet en skateboard permet de se sentir vivant ? Qu'un fauteuil-œuf peut aider à renaître ? Qu'un Noël en famille recharge les batteries pour mieux affronter les épreuves de la maladie ?
    C'est un livre qu'il serait bon de laisser trainer sur les tables de chevet dans les hôpitaux et dans les salles d'attente, car il fait passer un message important pour les malades : la seule chose qu'ils ont envie de faire c'est vivre et sourire, ce que parfois la famille n'est pas à même de comprendre, perdue dans son inquiétude. Parfois le malade ne sait pas non plus lui-même comment faire pour sourire, lui glisser ce livre entre les mains c'est comme lui donner un peu de poudre de fées, c'est ouvrir son imaginaire et lui redonner foi en la vie.

   La maladie c'est un après avec des espoirs et des projets, mais c'est aussi et surtout un pendant. Un pendant qu'il faut remplir de toutes ces petites choses qui rendent la vie belle. En gardant la foi et le sourire, il est beaucoup plus facile de reprendre le dessus et de faire reculer la maladie.

    A la lecture des dernières pages, on se sent léger, on a envie de saluer l'auteur pour son combat et de le remercier de s'être livrer ainsi, de remercier tous ces gens autour de lui qui ont su entretenir sa flamme et son sourire pendant cette période, et espérer que si cela devait nous arriver nous serions aussi forts qu'eux tous. 

    Puis je m'installe dans mon siège fétiche. Mon refuge-cabane-église de création. De là j'ai une vue imprenable sur le royaume invisible, le seul endroit où je peux vivre sans restriction. Là, je peux m'inventer des histoires vraies, apprendre à faire du skateboard aux enfants que j'aimerais avoir. Ou manger des gâteaux en silence, me tromper de bouteille dans le noir et me faire un bain de bouche au porto. Je me blottis dans l'écrin de la nuit. Et je finis par prendre un somnifère pour dormir avant que le jour se lève - c'est très mauvais pour la santé d'un vampire de rester éveillé à la lumière. 

    Ici c'est le pays des canards et de la pédagogie. les infirmières portent des armoires à glace émotionnelles sur leur dos en souriant. Ce sont les déménageuses de l'espoir. A elle la lourde tâche de diffuser quelques bribes de lumières aux quatre coins de l'enfer, là où les anges perdus font du stop à main nue. Comme avec les médicaments, elles doivent en ajuster constamment le dosage. Elles sont cigognes-mamans-nymphes-filles. Elles gagnent à être (re)connues.

    Je sens déjà la métamorphose opérer. Moi qui ai tant rêvé de chimères, géants, monstres amoureux et autres sirènes, me voici au combat pour un retour à la normalité. Le plus intense des contes de fées. Aller traîner dans une librairie sans penser à rien d'autre qu'à dénicher un bon livre. Sans se méfier du type qui tousse, ni de l'heure de prise des médicaments, juste s'oublier tranquillement. Pour l'amateur de rêves, le plus beau cadeau serait de pouvoir revivre "comme tout le monde".

    Ils ont raison au fond. C'est d'ailleurs exactement parce qu'ils ont raison qu'ils ne prennent pas en compte la passion. 

    "Il faut vivre au jour le jour et petit à petit, les choses vont s'améliorer" m'a-t-on dit. Aujourd'hui je vis de seconde en seconde, inspiration après inspiration.

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