vendredi 11 octobre 2013

Le crabe sur la banquette arrière - Elisabeth Gille

Le crabe sur la banquette arrière, de Elisabeth Gille

140 pages
Editions Mercure de France, Collection Bleue
Parution : Année 1994

4ème de couverture :
"Elle est installée dans l'existence : famille, profession, habitudes. Un beau jour, on lui annonce un cancer. Va-t-elle en mourir ou pas ? Elle n'en sait rien. Mais, en attendant, elle aimerait bien rester elle-même. Or, de collègue, mère, amie, elle devient la malade. Ou la patiente. Et de la patience, il en faut. Son patron la juge incapable de travailler et la vire. Ses enfants l'infantilisent. Ses amis, avec les meilleures intentions du monde, l'enferment dans sa maladie. Les uns, les péremptoires, en savent plus qu'elle sur le mal et son traitement : «Moi, je connais quelqu'un qui...» Les autres, les maladroits, révèlent un formidable talent pour lui dire ce qu'il ne faut pas au mauvais moment. Elle tient le rôle principal d'une pièce de théâtre qui se joue sans sa participation. Alors elle décide d'en rire. Et, si possible, d'en faire rire les autres."

     Imaginez qu'un jour toute votre vie bascule. Atteinte une première fois par un cancer, ce dernier avait été soigné et vous aviez repris le fil de votre vie : boulot, loisirs, amis, ... pour vous tout va bien. Et puis un jour, lors d'un contrôle de routine, on se rend compte que non, tout ne va pas aussi bien que cela devrait. Ce petit cancer semble persisté, il y a encore un petit quelque chose.
       Mais pas d'affolement, on part d'abord sur l'idée que ce n'est que bénin, un petit reste, comme une mauvaise plaisanterie. Et puis au fil des examens, les choses se révèlent, et le destin, cruel, vous joue un mauvais tour. Le cancer est de nouveau là, et il attaque plus sauvagement que la première fois.
       Pendant que vous encaissez la nouvelle, vous vous faites virer par votre patron qui pense que votre maladie, risque de ruiner votre bonne humeur et donc risque de plomber le moral de son équipe. Vous voilà donc, mise à la porte, sans pouvoir vous raccrocher à ce travail que vous aimiez tant.
      Vos proches sont toujours là, mais ils ne mesurent pas la douleur et la difficulté de la situation, et ils s'en protègent : il est plus facile pour eux de penser que ce n'est rien, que vous êtes fortes et que vous allez traverser tout cela la tête haute, avec courage, comme la première fois.
       Tout le monde se met à vous appelez n'importe quand sans se préoccuper que malgré votre maladie vous puissiez avoir des choses à faire. Non, il est communément admis qu'un malade ne fait rien de ses journées, rien que s'ennuyer et se reposer. Vaste farce ! Vous écoutez milles fois les mêmes encouragements, les mêmes banalités creuses, ... et un jour vous craquez vous n'en pouvez plus ... s'ils vous appellent n'est-ce pas plutôt pour se donner bonne conscience ? Car au fond, ils se moquent pas mal de ce que vous dites, ils ne veulent pas l'entendre, pourtant vous, vous savez. Vous savez quelle sera la fin, vous savez ce que vous endurez, et vous en avez marre de leur baratin.
      Ce texte est écrite de façon très originale ; comme dans une pièce de théâtre, seuls les dialogues sont conservés ; et tous les personnages sont anonymes, tant et si bien que chacun peut se mettre à la place de l'un ou de l'autre. Les informations de lieu et de temps nous sont données à l'aide de didascalies.
      Nous ne savons pas grande chose de La Malade, personnage principal de la pièce, mais ce choix de l'auteur est judicieux, nous en savons juste ce qu'il faut pour pouvoir se glisser dans sa peau le temps de notre lecture.
      J'ai beaucoup aimé ce texte, qui dit sans détour ce que chacun pense tout bas, lorsque malade nous sommes confrontés aux mêmes commentaires creux. Il nous amène à réfléchir à notre attitude devant une personne malade ou affaiblie, est-ce vraiment à elle que l'on pense ou se donne-t-on bonne conscience ? Pourquoi ne prenons-nous pas en compte ce qu'elle nous dit, et pourquoi nous est-il impossible de s'abstenir de jugements ? A méditer.
      C'est un très beau texte, qui se lit vite et que je conseille à tous ceux qui peuvent être confronté de loin ou de près à la maladie.

      "Tu es insupportable. Même la mort, tu ne la prends pas au sérieux."

     "Elle se croise dans les vitrines et ne se reconnait pas. C'est ça la maladie : on se perd de vue. On porte avant tous le deuil du personnage que l'on a été et qui n'est plus."

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