mardi 11 mars 2014

Que ton règne vienne - Xavier de Moulins

Que ton règne  vienne, de Xavier de Moulins

219 pages
Editions JC Lattès
Première parution : février 2014

Présentation de l'éditeur :
Deux ans après l'enterrement de son père, Paul revient progressivement à la vie. Jean-Paul a été de ces pères solaires, flamboyants, qu'on se tue à trop aimer. Une enfance de carte postale, un ami à la vie à la mort, un amour absolu... Jean-Paul plane sur la vie de son fils, figure tutélaire écrasante autant qu'admirée. Jusqu'à un soir de novembre 2013, où tout va basculer. Comment survivre quand le passé a un tel goût de trahison ? Paul en réchappe grâce à la fidélité d'Oscar, son ami d'enfance. Mais il lui reste tout à réapprendre... Sous ses airs désenchantés, Que ton règne vienne est un vibrant hommage au père, au lien filial. Une illustration parfaite de cette phrase de Jules Renard, qui ouvre le livre en forme de mise en garde : « Un père a deux vies : la sienne et celle de son fils. »

    On ne ressort pas indemne de ce livre, il soulève des milliers de questions dans notre esprit où les relations sociales et familiales sont mises à mal.

     Paul est un petit garçon vivant, plein d'énergie et de joie de vivre. Il est le fils né d'une vraie passion entre ses parents, du moins c'est l'impression qu'il en a enfant, lorsqu'il les voit ensemble. Mais plus Paul grandit plus ses relations avec son père lui paraissent distantes, et plus son père lui semble s'éloigner de la vie familiale. Réalité ou simple prise de conscience au fur et à mesure qu'il grandit. Comme tous les enfants, Paul a idéalisé son père, l'a vu comme un héro, un exemple à suivre. Il lui faut l'admiration de ce père, il a besoin d'exister à ses yeux. Il lui semble que seule la réussite semble intéresser ce dernier, alors il s'efforcera d'être le meilleur pour attirer les regards de son père. Mais rien n'y fait. Plus Paul grandit, plus il s'épanouit et progresse dans la vie, plus il semble une menace pour son père, comme si ce dernier voulait rester le meilleur et avait peur d'être détrôné par son propre enfant.
     Paul n'est pas seul, à l'école il rencontre Oscar, dont la famille éclatera en mille morceaux, mais qu'à cela ne tienne, les deux garçons vont grandir ensemble et affronteront ensemble tous les obstacles. Ils vivront leurs vies à leur rythme, se soutenant à chaque instant.
     Jean-Paul, est le père de Paul. C'est un homme exigeant, avec lui-même, avec les autres. Il soigne les apparences à l’excès, tout le monde le pense bon mari et bon père de famille, pourtant une fois passé le seuil du foyer familial les apparences tombent, la vérité éclate.
     Paul rencontrera Ava, une jeune fille frêle et culottée. Il tombe fou amoureux d'elle. Pourquoi ? On ne sait pas, mais l'amour s'explique-t-il ? Ils auront deux enfants ensemble, un garçon et une fille. Maman est hôtesse de l'air, papa garde donc souvent ses enfants, seul ; pourtant le jour où elle part, elle ne manquera pas de les emmener avec elle, ce sera une déchirure immense pour Paul.

     Mais que s'est-il passé ? Novembre 2013, un soir, un accident et tout bascule. La voiture sort de la route, Jean-Paul meurt sur le coup de ses blessures, Ava et les enfants s'en sortent avec seulement quelques ecchymoses. Ce jour-là scellera le destin de la famille au complet.
      Sans Oscar, Paul aurait baissé les bras, abandonné tout espoir, comme sa mère le fait, se laissant porter par la maladie et une douce folie. Mais non, Oscar n'a pas dit son dernier mot : la vie a encore de la place pour son meilleur ami. Pendant deux ans, il assistera Paul, lui redonnant ainsi peu à peu goût à la vie.

     2015, Paul reprend doucement le dessus, Oscar va se marier avec David et devenir papa. C'est un élément majeur dans la vie d'un homme.

      Plutôt que de nous raconter chacune de ces histoires indépendamment les unes des autres et chronologiquement, Xavier de Moulins a décidé de les imbriquer les unes dans les autres. Chaque chapitre décrit un moment de la vie de Paul : de 1979 à 2015, avec quelques sauts d'années. Le présent de Paul est hanté par son passé, mais paradoxalement c'est ce passé qui l'éclaire petit à petit. Chaque parallèle qu'il fait avec sa vie passée, lui permet de l'intégrer, de l'analyser, de la laisser derrière. Et pour nous, lecteur, cela nous permet de comprendre qui sont Paul et Jean-Paul, quels liens les ont unis, quels fossés les séparent.
Cette relation père-fils est conflictuelle, tendue, fausse, empêchant ainsi Paul d'être pleinement père à son tour. Mais Jean-Paul lui laisse-t-il la possibilité de l'être vraiment ?

     Dans ce roman, les femmes sont presque transparentes, on ne s'attarde pas sur elles. Mais toutes confrontées à l'engagement du mariage, à la vie commune bancale, choisiront des voies de sortie différentes et non prévues. La mère d'Oscar s'enfuira avec la voisine, la mère de Paul préfèrera se murer dans le mensonge, et Ava... je vous laisse découvrir cette drôle de femme.
    Est-ce parce qu'il a vu sa mère tant pleurer que Paul aime sa femme avec force et passion ?
    Est-ce pour ne pas ressembler à son père qu'il s'applique à être un mari et un père plus qu'exemplaire ?

     Nous évoluons dans un monde où hommes et femmes ont du mal à trouver leur place. Les personnages seront confrontés à leur identité sexuelle, à leur notion de vie de famille, à leurs envies d'engagements.
     Si la mère de Paul s'obstine à sauver les apparences parce que c'est ancré dans ses principes, la génération suivante est dans la relation jetable. Il est facile de fuir, tromper, abandonner, ... les différences de comportement se creusent entre les générations.
     Si aujourd'hui, hommes et femmes ont cette liberté de choisir leur vie de couple, c'est aussi grâce au courant hippie, et l'auteur nous glisse ici un petit clin d'oeil au mouvement.
      La notion de mariage est malmenée. L'auteur lance sa petite pique en rappelant à tous que le mariage gay n'est pas épargné des mêmes maux que le mariage mixte, car c'est le mariage et la notion d'engagement elle-même qui sont vérolés.

    Au fil de ces 219 pages, les personnages vont évoluer, vivre, aimer, détester, nous les laisserons à bord d'un train en partance pour quelques jours de repos bien mérités, au tout début d'une nouvelle ère qui commence.
    Que ton règne vienne ? Oui mais lequel ? Celui de la femme ? De l'amitié ? De la stabilité familiale ?

     L'écriture m'a un peu déstabilisée au début, il m'a fallu une cinquantaine de pages pour enfin rentrer aisément dans le roman. Je suis régulièrement revenue en arrière pour regarder à nouveaux les dates de début de chapitre.
     L'écriture est fluide, simple. Peut-être un peu trop simple, un peu trop "orale".
    Le découpage étant régulier, il y a un bon rythme dans l'intrigue, et l'on se laisse vite porter pour arriver jusqu'au dénouement final.

     J'ai assez vite deviné la fin, mais ne pensais pas que ce serait celle choisie par l'auteur, car il y avait d'autres possibilités. Ce n'est qu'aux tous derniers chapitres que vraiment les choses se précisent et que cela ne fait plus aucun doute.
     L'auteur a bien su mener son intrigue et le suspens reste entier jusqu'au bout. Il nous lâche la vérité comme une bombe, au départ sans y mettre le moindre mot : on a compris, et ensuite il prend le temps de sa révélation, il se délecte de nous faire patienter, la vérité se révèle doucement comme une photo dans le bac de développement, couleur après couleur, détail après détail.
     Les mots ne sont posés sur le papier qu'au moment même où Paul, lui, s'est relevé, chasse ses fantômes, et va de l'avant.

     "L'animal social a toujours su donner le change et passer pour un homme bien. Les expressions "bon père" et "bon mari" fusent, elles confirment ma théorie à propos des légendes personnelles et du marketing de soi : bien utilisées, elles lustrent parfaitement l'égo des menteurs."

     " Mon meilleur ami Oscar de Lacours, coeur d’artichaut, homosexuel, est un garçon heureux depuis sa naissance. Ca ne s'invente pas, une nature pareille."

     "Tant pis s'il me rend parano, tant pis si son message est de plus en plus clair. Ne cherche jamais à devenir plus grand, plus fort, meilleur que moi, fils, ne prends pas le risque inconsidéré de courir plus vite, de vivre plus fort, d'aimer. La vie est mon domaine, la vie n'appartient qu'à moi, Petit Poucet, alors l'amour."

     "Quelque chose d'intact demeure entre lui et moi, un lien indescriptible, que j'aimerais pouvoir définitivement anéantir. Mais ça ne marche pas. Mon père revient toujours dans mon coeur dépecé. Le cannibale est insatiable. J'ai besoin de respirer. Malgré le froid, des bouffées de chaleur m'écrasent le thorax. Je sors mon téléphone, compose son numéro. Je veux être sûr que sa ligne est hors-service. Ceci est mon toc de vérification. J'ai besoin d'être certain qu'il est mort et que rien n'y personne ne me le ramènera."

     Merci aux éditions JC Lattès et au forum Livraddict, pour la découverte de ce livre.

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